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La Vérité N°161 du Samedi 22 novembre 2008

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Edito


Le Rubicon du défi


La démarche de cette société industrielle locale de fabrication de savon ne peut être que saluée de par un courage que lui envient sans doute aucun de nombreuses autres entreprises privées nationales qui se trouvent dans la même situation qu’elle mais qui n’osent pas défier, à raison, l’Etat. En fait d’Etat, au cours de cette nième conférence de presse, la direction de cette entreprise a cité nommément une société tentaculaire bien connue quant à son propriétaire. Mais le combat prend déjà l’allure de celui du pot de terre contre le pot de fer. Il eût fallu que cette société soit acculée avec les exactions -4 contrôles fiscaux, excusez du peu ! Et elle n’est pas la seule- dont elle n’a donc cessé de faire l’objet depuis 2002, pour qu’elle fasse une véritable déclaration de guerre.
En fait, ce que cette société subit depuis quelques années, de nombreuses autres le vivent avec autant d’acuité. Si certaines d’entre elles ont préféré cesser leurs activités pour ne pas avoir à connaître une mort lente que l’administration leur inflige, d’autres continuent d’exercer, tant bien que mal -et plutôt mal que bien d’ailleurs- espérant à chaque fois que l’Etat, très bien conscient de leurs problèmes –qui ne concernent pas la société éléphantesque- mette en œuvre les mesures qu’il annonce lui-même concernant le secteur privé qu’il loue en même temps qu’il tue. Et l’on pèse les mots. Une vaine attente donc et compte tenu de la conjoncture, la situation risque d’aller de mal en pis. C’est peut-être à la faveur de ce contexte qui va certainement mettre k.o. et complètement hors course un bon nombre de sociétés privées nationales- précision : appartenant quasiment toutes à des Malgaches- que cette société de fabrication de savon a décidé de franchir le Rubicon du défi, avec cet espoir ténu que d’autres la suivront dans son combat.
« Sahia manao dingana lehibe » ou « osez faire le grand saut ». Personne n’a oublié ce slogan appelant le courage et  la détermination à faire le grand pas devant mener le pays vers le développement. Mais aussi de dénoncer et de combattre toutes les formes d’injustices et de pressions exercées par les tenants du pouvoir de l’époque. En fait, il s’agissait de les braver et de les déloger du pouvoir pour prendre leur place en faisant mieux qu’eux. C’est-à-dire sans aucun scrupule. Sans foi ni loi. Sans honte et sans vergogne. C’est chose faite.
Le rouleau compresseur s’est avancé en écrasant tout sur son passage, ne devant laisser que mort et désolation. Et n’en déplaise à ceux qui pensent encore que le pays connaît une excellente croissance et que la population malgache vit très bien, les faits sont là : têtus et incontestables. Car il est vrai que la manière dont les affaires nationales sont gérées actuellement fait quelques heureux.  Une poignée de flagorneurs et de démagogues malhonnêtes.  
La récente déclaration de la société de fabrication de savon, outre sa ferme résolution d’en découdre, comporte aussi un appel. Non pas vers l’Etat qui risque d’aggraver les mesures de rétorsion à son encontre, mais vers ses pairs qui se trouvent dans le même cas qu’elle et ce,  dans le genre « Qui m’aime me suive ». Mais quelles sociétés seraient assez insensées pour le faire ?  Car de courage, les autres en ont également peut-être mais certainement pas de la folie pour oser provoquer une toute puissance. Car cette fois-ci il ne s’agit pas de protester par des communiqués de presse ou des interviews qui restent lamentablement sans effet comme pour le cas de cette société d’exploitation minière dont la gérante a été manifestement arrêtée pour des raisons fallacieuses. Les mines ou les bois précieux -et bien d’autres secteurs juteux- où les sociétés nationales agonisent pour cause de magouilles à une vaste échelle et de grande envergure puisque verrouillés au plus haut niveau de l’Etat, comme personne ne l’ignore. Il s’agit de passer aux actes en commençant par s’afficher publiquement et par révéler publiquement et haut et fort, ce qui se murmure dans les salons feutrés en matière de dysfonctionnements et d’aberrations qui ne ruinent pas seulement quelques sociétés qui peuvent représenter des centaines de milliers de familles malgaches peut-être mais qui massacrent méthodiquement tout un peuple et tout un pays.
C’est une prise de responsabilité et, dans une large mesure, une véritable prise en main -comme celle présidentielle- que sollicite cette société. Si on a des doutes quant à la manifestation d’appuis éventuels qui seront plus moraux qu’actifs,  il n’y a, par contre, aucune incertitude possible que cette société ait, pour ainsi dire, signé un arrêt de quelque chose d’innommable. Il y a fort à parier que les autres sociétés, qui se trouveront bientôt dans le même cas, n’aient pas pour l’instant des instincts suicidaires.
Un dernier mot : ce n’est pas forcément que des affaires malgacho-malgaches. Si ce genre de situation perdure, c’est que de grandes importantes et puissantes complicités sont avérées.

V.R.

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