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Pour que renaissent les bâtiments historiques

Re-construire un témoignage d’un passage au pouvoir

Trente six ans jour pour jour après que les dernières braises de l’Hôtel de Ville calciné se sont éteintes, la Commune Urbaine d’Antananarivo organisera la cérémonie de pause de la première pierre pour la reconstruction sur cette même place du 13 Mai.

En Mai 2010, les habitants de la capitale danseront sans doute sur la place du 13 Mai pour libérer leur joie, une joie différente de celle qui a enivré la population en 1972.

Nombreux ont perdu l’espoir de voir rejaillir de ses cendres l’Hôtel de Ville, des personnalités de caractère, Richard Andriamanjato et Guy Razanamasy n’ont pu qu’enterrer leur projet au moment où ils tenaient le destin de la ville dans leurs mains.

Quand vint l’avènement de Marc Ravalomanana au commande de la ville et qu’il a opté avec l’assentiment du Président Ratsiraka pour la solution d’établir le centre nerveux de la mairie à Ambohitsirohitra, la population s’est résignée à faire de la place du 13 Mai une place forte, symbole de la contestation populaire.

Affectation imaginaire qui prend forme de réalité en Janvier 2002 et dont les bénéficiaires tentent d’effacer les traces afin de dénuder le 13 Mai de tout son mythe historique. En annonçant cette pose de la première pierre, le nouveau maire Andry Rajoelina présente avec assurance le projet. D’avoir été échaudée à plus d’un tour l’opinion accueille la nouvelle avec une certaine indifférence.

La reconstruction de l’Hôtel de Ville ne peut éviter que les yeux ne se tournent vers le Rova dont le chantier n’avance pas de façon spectaculaire en raison des travaux en profondeur expliquent les responsables. Ces mêmes responsables avouent en même temps que le financement pour la poursuite des travaux pose problème, actuellement les crédits récoltés ne couvrent pas encore la moitié de la somme estimée par le devis.

Le manque d’enthousiasme de la population dans ce projet d’Andry Rajoelina en ce qui concerne l’Hôtel de Ville vient un peu d’une absence de transparence quant au financement.

On sait tout juste que le coût s’élèvera à 240 millions d’ariary soit 12 milliards Fmg, devis que l’on ne peut qualifier de prohibitif eu égard à la taille du bâtiment même si celui-ci ne présente pas le caractère majestueux de l’Hôtel de Ville prédécesseur.

Toutefois l’annonce fait surtout un effet de surprise à un moment où la Commune Urbaine étale le vide de ses caisses et par-dessus le marché cette reconstruction ne figurait pas dans la liste des promesses de campagne d’Andry Rajoelina.

Cependant même si ce projet recèle des motivations politiques, la situation qu’il créée ne peut que bénéficier à la ville et au pays puisque ni le Président de la République, ni le maire de la capitale ne peuvent échapper à la concurrence que l’opinion établit entre la reconstruction du Rova et celle de l’Hôtel de Ville.

Maintenant que la course est lancée il en va du prestige de chacun d’eux, même si l’on chuchote déjà qu’Andry Rajoelina n’a fait que ressortir des tiroirs un projet ficelé par son prédécesseur.

Ce n’est pas le pouvoir central qui pourrait lui enlever les mérites de mener à bien ce chantier, Marc Ravalomanana a procédé pareillement en ce qui concerne la rapidité dans la réalisation de construction et de réhabilitation de routes à partir de dossiers hérités de l’administration Ratsiraka.

On se rappelle cette remarque de l’équipe Ravalomanana pour attribuer les honneurs à son champion : « la gloire revient à celui qui a transformé le but, l’histoire oublie même un exploit de celui qui a passé le ballon ». On peut flétrir tout autant qu’applaudir ces projets budgétivores qui flattent le prestige alors que la population traverse des moments difficiles.

Ces grands travaux peuvent trouver leur justification si leur réalisation suscite un réel élan populaire dans une volonté d’efforts contributive à un développement effectif. Cet élan ne saurait être cependant de longue durée que dans la mesure où la population perçoit de façon palpable une amélioration des conditions dans le quotidien.

On attend de la Commune Urbaine une transformation des infrastructures et des services de voirie qui se traduirait par une meilleure salubrité des quartiers, par un éclairage davantage fonctionnel qu’à favoriser le prestige, un retour des lieux publics à leur affectation naturelle, les trottoirs aux piétons, la chaussée aux automobilistes, les marchés aux marchands, les déjections aux WC, les ordures aux dépotoirs… une transfiguration en quelques sortes exigeant autorité et discipline, tout un poème.

Ce qu’attend des pouvoirs publics toute la population est tout aussi prosaïque, à défaut d’une amélioration du niveau de vie que cesse la dégradation que l’on enregistre depuis trois, quatre, cinq ans. Quoi qu’en disent les dirigeants actuels et quoi que confirment les experts internationaux partenaires, la politique et l’économie n’ont de sens que dans la perception et dans le vécu de l’ensemble de la population.

La Lettre du Mercredi n°106


par LDM 106 - le 17-05-2008 commentaire - Rubrique : Politique - LU 76 fois AddThis Social Bookmark Button



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