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Même rubriqueViolence des catastrophes naturelles
L’infâme cyclone dénommé Fame vient à peine de quitter le pays, laissant derrière lui une traînée dont on n’a pas encore fini de mesurer l’ampleur qu’Ivan vient lui emboîter le pas traversant le pays d’Est en Ouest, comme mû par une volonté délibérée et méthodique de détruire, trace dans les esprits un sillon indélébile de ruines et de désolation. L’Ile Sainte Marie comme toute la région d’Analanjirofo est anéantie. Toamasina comme aux jours d’Honorine et de Géralda est sens dessus dessous. Antananarivo impuissante voit ses digues rompre l’une après l’autre. Dans la région d’Alaotra Mangoro les innondations atteignent 15.000 hectares de rizières. Les régions de Sofia et de Boeny sont sous les eaux. Bilan provisoire : une quarantaine de morts et des centaines de milliards d’ariary de dégâts.
L’organisation des secours
La communauté internationale mobilise la solidarité sans attendre l’appel que le gouvernement malgache a tardé à lancer. Le gouvernement américain décrète une aide financière d’urgence de 875.000 dollars, la Commission Permanente de la Région Réunion débloque 80.000 euros, le Pape Théodoros signe un chèque de 100 millions d’ariary. La Croix Rouge Française envoie un fret humanitaire d’une valeur déclarée de 657 millions d’ariary, l’Union Européenne, par l’intermédiaire de son représentant résident Jean Claude Boidin affirme sa volonté de restaurer les infrastructures routières endommagées.
La partie malgache, pour sa part s’organise sous la houlette du président Ravalomanana, relayé par le premier ministre Charles Rabemananjara. Le Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes coordonne ses efforts dans toutes les régions touchées. Dans son rôle de premier responsable des secours, le président de la république n’a pas manqué d’apprécier, lors de son passage à Sainte Marie et Toamasina l’attitude philosophe de la population sinistrée par Ivan. Pragmatique elle a démontré qu’elle est peut être loin d’avoir le connaissances théoriques quant aux pourquois et aux comments des catastrophes naturelles mais les cyclones elle connaît et elle a la faculté de faire face à ces débordements de la nature parce que justement elle côtoie la nature au quotidien et ne peut donc qu’être en phase avec elle. Nul besoin d’épiloguer.
Sans maudire il faut rebâtir à point. Impressionné sans doute par cette attitude aux antipodes de ce dont il a été habitué le chef de l’Etat n’a pas hésité à revêtir la parure du grand aumônier distribuant à tour de bras vivres et médicaments ainsi que des prouesses financières avec le geste de l’auguste semeur. Dans sa tenue bigarrée, il avait tout de l’Auguste mais les gens loin de bouder ses largesses attendent du ray amandreny, chef d’un état organisé, un soutien moral et par ailleurs des secours mieux organisés pour leur venir en aide de façon concrète dans l’immédiat afin qu’ils se relèvent au plus tôt de cette catastrophe présente.
Aujourd’hui, les projets de réfection des rues, de construction de ponts, de réhabilitation de lycées sont éloignés de leurs préoccupations. Leur souci premier et leurs efforts se focalisent sur les nécessités alimentaires pour survivre et sur la reconstruction de leurs habitations afin de retrouver leurs repères avant de penser à demain. La population des bas quartiers d’Antananarivo, sinistrée au même titre que celle de Toamasina a applaudi l’aumône équivalente au dixième de la somme allouée à Toamasina. Une récompense d’aujourd’hui consécutive à une frustration n’alimentera pas une rancune pour demain ; A l’inverse les cadeaux royaux ne suffisent pas à rendre tributaires sur un long terme les populations qui en ont bénéficié. Toujours elles applaudissent, jamais elles ne se rappellent.
La Lettre du Mercredi n°99
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