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Une modernité de pacotille

Ici on adapte pour s’adapter, système D et petite débrouille, des valeurs informelles non cotées, ont pénétré une culture du savoir-survivre. La longue panne d’électricité a bouleversé la vie des accros du mobile, pour en charger les batteries nombreux ont mobilisé leur chaîne de relation, cousines copines cousins et coquins ont été mis à contribution pour la peine. Sans ce bidule ils sont déjantés. La surprise et la déception n’ont été que plus intenses en rapport à l’annonce de la fin des délestages, ce qui ne justifie pas ces excès de langage qui vouent au diable et tonton et tantine et la bonne et le chat…Non ! Non ! Pas ceux-la… Ah bon !... tous maudits, truc, machin, chouette, patin, couffin… Non plus ? Zut, mais on s’est compris.

C’est qu’ils font corps avec la chose, ou mieux la chose fait partie de leur corps, les en priver équivaut à les amputer physiquement et psychologiquement. Des mutants sur qui s’est greffé un appendice mi sens, mi organe.
Malicieux par ses services efficaces le mobile se rend insidieusement indispensable et même parfois facétieux par des vibrations inopportunes aussi dérangeant qu’un rabat-joie, il colle à la peau et cela convient à l’homo du IIIe millénaire comme un gant à la mesure de la saison.

La paralysie de cet organe entraîne chez certains des troubles quasi-méta, en tout cas plus destabilisateurs que ceux provoqués par le mutisme dérangeant de la compagnie familière qu’est devenue la télévision. Cette panne d’électricité de 48 à 60 heures, c’est selon et qui a bouclé la semaine de l’autre côté de la rive d’Ikopa, limite de la commune urbaine d’Antananarivo, a installé une sorte d’ambiance de deuil. Mais rapidement chacun en a fait le deuil, qui en renouant avec le plaisir de dialoguer de vive voix, qui en redécouvrant la joie de la convivialité par des échanges sans dérangement à table. Pour tous ces petits bonheurs retrouvés, merci. Merci qui ? Tous en choeur "Merci Monsieur…" Pas de couac et on reprend à l’unisson, "les surprises des petits ennuis pimentent la saveur fade de la vie. Mais n’en faites pas trop, même si vous l’oubliez, de la vie la note pratiquée est déjà salée".

La Lettre du Mercredi n°99


Envoyer à un ami par LDM -99 - le 29-02-2008 commentaire - Rubrique : Société - LU 79 fois AddThis Social Bookmark Button



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