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Un bon client médiatique post-mortem


La rediffusion d’un talk-show enregistré en novembre 2002 a réussi son effet. TV Plus a frappé juste pour réaliser un coup automédiatique. En replaçant ce spectacle garanti de succès avec un personnage de la trempe de Francisque Ravony au moment de sa première diffusion, il faut reconnaître le courage des dirigeants de cette chaine. Dans le contexte de l’époque, même les personnes physiques qui ne pouvaient pas montrer patte blanche quant à leur position nette durant la crise ont trouvé intérêt à faire profil bas. On ne peut pas dire que TV Plus avait adopté à l’époque un positionnement bien tranché, ce qui n’a pas empêché ses décideurs de développer leurs efforts pour suivre la route comme si de rien n’était.
En 2008, la rediffusion de ce one-man-show prend une dimension encore plus importante, cinq ans après son décès, l’ancien premier ministre permet à travers son regard de l’époque d’avoir une perception de l’actualité sous un éclairage cru avec des effets grossissants.

Francisque Ravony n’a pas eu tout faux dans sa vision

En l’écoutant parler de Marc Ravalomanana, il vient à l’esprit une question qui ne trouvera jamais réponse, à l’usure du temps que serait-il devenu de l’estime réciproque entre les deux hommes ? Marc Ravalomanana portant une réelle considération à Francisque Ravony, une considération que certains estiment ayant pu être un fardeau pour le Président qu’est devenu Marc Ravalomanana. Ravony avait apporté publiquement un soutien sans concession à Monsieur Ravalomanana auquel il reconnaissait le mérite d’être l’homme qu’il fallait au bon moment qui était, celui que les circonstances ont favorisé pour porter l’estocade à Didier Ratsiraka président .

L’ancien premier ministre soucieux de rester courtois se garde de développer une diatribe à l’endroit du président Ratsiraka mais il n’en fallait pas moins en considérant établie telle une grâce toute entreprise qui conduit à évincer Ratsiraka. Il n’en reste pas pour autant qu’il a cadré avec une certaine objectivité l’homme Marc Ravalomanana sous différentes facettes, faiblesses et forces en prime. Dans ce registre de camper les gens dans leur décor, Ravony cultive avec bonheur le mélange des apparences, celle d’apporter des réponses bien pesées filtrées par un esprit rapide et celle des réactions qui fusent du coeur.

Sans l’air d’y toucher, Ravony maîtrisait la forme rhétorique qu’il utilisait comme si elle lui était naturelle, simple mais ne faisant que compliquer l’appréciation sur la sincérité du discours.
Comme il ne dédaignait pas à se porter en dérision pour mieux dérouter ses interlocuteurs, s’il avait eu à faire des confidences sur sa technique, il aurait pu la résumer en disant, pour oser tout dire il faut pouvoir le faire avec nature, et à s’exprimer avec nature on peut dire même les choses que l’on ne pense pas. A Marc Ravalomanana, il aurait suggéré de procéder à une révision de la Constitution pour instituer un régime présidentiel, seul système qui convient aux hommes qui veulent tout régenter, dans le style des institutions des USA où les membres de l’exécutif sont en quelque sorte réduits à servir de " secrétaires de haut niveau " au président.

Le président Ravalomanana n’a pas réalisé à la lettre une révision constitutionnelle, mais il a sûrement pris de la graine en appliquant le conseil de façon pratique.
C’est dans le domaine des relations avec les autres états que la patine du temps donne le plus d’éclat à la perspicacité de cet homme disparu brusquement dans des circonstances pas très natures, en tout cas trop tôt pour voir l’issue de la tourmente traversée par le pays. Cette perspicacité de Francisque Ravony s’explique sûrement dans le fait qu’il ne sous-estime pas les partenaires et encore moins les amis. Dans sa vision en 2002, il suspectait l’empressement des USA et de l’Allemagne de ne pas se traduire en partenariat actif, et avoir prévu que la France et la Chine ne manqueraient pas de rattraper par des signaux forts le temps de tiédeur qu’ils ont adoptée à l’avènement de Marc Ravalomanana. La France maintient son rang de premier partenaire et la Chine à défaut de coopération très consistante, par des gestes spectaculaires dispute la place de partenaire privilégié.

Le soutien inconditionnel fausse parfois l’analyse

Les présidents bénéficient presque toujours d’une période d’état de grâce. Ravony a fustigé l’opposition pour ses tentatives de refuser à Marc Ravalomanana un délai d’apprentissage, convaincu et prêchant que peu à peu les choses ne peuvent que retourner naturellement à leur place, le pouvoir gouverne et l’opposition joue son rôle. Sur ce point Ravony a sous-estimé les résultats que peut produire l’art de manipuler les institutions à se mordre la queue elles-mêmes, en feignant l’ignorance ou en usant d’un cynisme naïf frappé au coin du mépris.

En défendant la décision de Marc Ravelomanana à mettre le redressement d’Air Madagascar, l’ancien premier ministre a justifié cette mesure en assurant les capacités particulières du Président avec un doigté patent pour savoir exiger des étrangers comme des locaux le meilleur d’eux-mêmes. Les expériences vécues jusqu’à présent attendent pour vérifier cette appréciation de Francisque Ravony.
Il faut reconnaître que parmi les proches de Marc Ravalomanana, Francisque Ravony était l’un des rares hommes libres de tout intérêt de carrière. " Aucune fonction ne m’intéresse à part celle d’être président, pour le moment c’est Marc Ravalomanana et ça me convient " aimait-il à dire en privé. Ala rigueur Président du Sénat, mais la mort a été plus rapide.

• Bruits des pavés • • La lettre du mercredi N° 098

 


par LDM -98 - le 25-02-2008 commentaire - Rubrique : Politique - LU 90 fois AddThis Social Bookmark Button



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