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Même rubriqueLes prochaines élections dans le pays seront législatives, et se dérouleront le 23 septembre prochain. La décision y afférente prise par le Président Ravalomanana avait surpris la classe politique toute entière, y compris dans les rangs du Tiako I Madagasikara ou TIM, le parti qu’il avait fondé.
Les causes de ce choix sont multiples, à la fois politiques, sociales et surtout économiques. Car le MAP (Madagascar Action Plan), la feuille de route du pays vis-à-vis des bailleurs multilatéraux a un prix. Qui devra payer ? Sûrement pas l’Etat, probablement les contribuables y compris le secteur privé qui devra mettre la main à la poche pour avoir bénéficié des largesses fiscales du régime.
Plus les besoins du MAP sont importants, plus le régime devra accorder des facilités et avoir des gestes de bonté, plus les financeurs parallèles, vous, moi, l’entreprise d’en-face, devrons contribuer, et plus l’Etat doit avoir une marge de manœuvre agrandie. De cette spirale découle " naturellement " des organes législatifs conciliants majoritairement, massivement.
Sur le plan purement politique, il était temps, légalement, de procéder au renouvellement de certains mandats électifs, comme les Conseillers communaux, les conseillers régionaux, les sénateurs et les députés. Les premiers nécessitent d’avoir une base militante solidement ancrée pour pouvoir en espérer une victoire honorable. Les sénateurs doivent avoir vu défiler les autres élections avant de prendre place. Quant aux régions, la structure en elle-même étant une nouveauté pour les électeurs, il est extrêmement difficile de jouer aux probabilités pour y réussir.
La seule possibilité technique pour le Président était donc de commencer par les députés. Après avoir acquis l’assurance de pouvoir y procéder sans plus attendre de la part du gouvernement, il a annoncé des législatives anticipées : son propre parti devra aussi faire taire les dissensions internes pour espérer figurer sur une des listes de Ramose, le CRT (Comité de Redynamisation du TIM) n’a pas encore résolu s’il présente une liste ou non.
L’opposition se retrouve aussi l’herbe coupée sous les pieds. Travaillant traditionnellement avec moins de moyens financiers que la majorité, l’opposition est obligée de se constituer une alliance objective et présenter un front commun. Certains membres de cette opposition ne se sentent pas pour autant à l’aise de devoir harmoniser moyens, hommes et campagnes. Depuis l’annonce présidentielle, nombre de meetings élargis mais privés au niveau de l’opposition ont eu lieu, y compris les réunions intégrant les représentants des églises chrétiennes. La position de l’opposition aura de commune probablement dans sa conception, dans sa ligne de pensée et non dans sa réalisation.
Le régime a, il faut bien le reconnaître, gagné la première manche de cette bataille électorale avec la tenue d’élections législatives anticipées. L’effet de surprise a désorganisé les systèmes établis, sans espoir garanti de retrouver un ordre opérationnel. L’Arema, en marge de l’opposition a décidé de manière unilatérale de ne présenter aucun candidat à ces élections.
Pierre Houlder et ses compagnons de lutte ont ainsi fait le choix du boycott. Au final, c’est le TIM qui bénéficiera de ce geste de l’Arema, pouvant au passage séduire de potentiels députés Arema. Les raisons de l’Arema étaient décriées comme une trahison envers l’opposition, ou plutôt comme une collaboration avec le TIM.
Les critiques sont allées jusqu’à taxer l’Arema de vendu. Cette décision est, avant tout, proposée sinon dictée depuis la Villa Madrid. L’ancien Président Didier Ratsiraka avait déjà, dans le passé, pris des décisions soudaines et surprenantes. Est-ce l’actuelle rédaction de ses Mémoires qui lui insuffle pareille position ? On devra donc faire sans la présence de l’Arema, à la fois au Palais de Tsimbazaza, mais surtout, voir réduit le nombre de sénateurs issus de cette formation. Il est certain que du point de vue des militants Arema, cette défection sera durement ressentie comme un dépôt des armes et non un repli stratégique. La dissolution de l’actuelle Assemblée Nationale remet donc en cause plusieurs accords de fait.
Dès l’an dernier pourtant, le Président Ravalomanana avait accepté d’évoquer les changements au sein de l’appareil institutionnel, mais à l’époque, nul n’aurait imaginé la dissolution de la Chambre Basse, à quelques encablures de la fin du mandat des députés. Toujours est-il qu’il y a un an à peine, presque jour pour jour, le Chef de l’Etat avait rencontré le conseil œcuménique des églises chrétiennes, le FFKM.
Ce dernier avait espéré non seulement la mise en application du bulletin unique pour les prochaines consultations par les urnes, mais avait également tablé sur une refonte du code électoral. En face, la réponse avait été laconique, se contentant d’un " nous verrons bien " sans plus d’engagements fermes ni même d’intentions. Le projet de révision du code électoral est bel et bien tombé à l’eau.
Et une petite promesse du bulletin unique avait été faite, mais sans considération jusqu’à présent. Pire, le bulletin individuel est une réalité désormais, avec le décret demandant aux candidats de venir déposer leurs bulletins avant le 14 août 2007. Tout ceci n'aurait été que disposition illusoire, avec la base " très militante " acquise par le régime lors des élections des Présidents de Fokontany. Ceux-ci sont, il ne faut pas se leurrer, les vrais militants du TIM à l’heure qu’il est. Ils permettent assurément au Président Ravalomanana de rester maître du jeu, que le TIM présente ou non une liste potentielle du CRT. Les gardiens de campagne sont en place, les règles du jeu définies enfin. Musique, maestro !
Au-delà du plan politique proprement dit où le TIM (Tiako I Madagasikara) devrait garder une large avance, en termes techniques, le verrouillage de ces élections est assez ingénieux. Le découpage en districts des circonscriptions électorales est la première nouveauté de cette seconde consultation par les urnes de l’année 2007. La tradition est complètement bousculée. Si certains districts s’étaient vus offrir deux sièges de député auparavant, ils se retrouvent désormais avec un seul député, malgré le nombre croissant de leurs électeurs. C’est le cas notamment de certaines grandes villes comme Mahajanga ou Toamasina I.
On ignore encore pourquoi justement le district de Toamasina II, par exemple, se retrouve étrangement avec deux députés. Est-ce la présence physique de l’usine de Dynatec Madagascar dans cette circonscription qui a induit une telle décision ? Il est vrai que son implantation dans ce district entraîne indubitablement des effets sur la gestion de la commune suburbaine de Toamasina. Il aurait fallu procéder à un sévère renforcement des compétences locales, pour pouvoir faire face à l’arrivée massive et des habitants et de l’argent, faire face avec les redevances minières.
Toutefois, comment alors expliquer la hausse toute aussi curieuse du nombre de députés à Toliara II ? Peut-être alors des intérêts économiques encore inconnus mais qui se dévoileront d’eux-mêmes au fil du temps se cachent derrière ce choix. Côté officiel, on explique la différenciation dans la tentative de donner ses chances de manière égale à chaque district. On avance l’argument de la représentativité, mais sans véritablement convaincre. Car la population devient le réel parent pauvre de cette représentativité. Certaines circonscriptions électorales comptant une population de plus de 150.000 électeurs comme la ville de Toamasina se retrouve avec un seul député pour porter leur parole, au même titre que le district de 10.000 âmes qu’est Ikongo. La représentativité n’a pourtant de sens qu’en termes d’électeurs, et non de zones géographiques.
Rien ne sert de vouloir aligner tous les districts de Madagascar, si les électeurs envers qui on organise des élections pour constituer un organe délibératif sur la vie de la Nation qu’est l’Assemblée Nationale, si ces électeurs n’ont pas droit à la parole. Le régime essaie bien de faire passer une pilule plus qu’amère avec son argument de représentativité, en faisant oublier au passage la base même des consultations populaires, la base même des assemblées législatives, la base même de la démocratie. Voila bien un curieux reflexe.
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