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Lettre du Mercredi 20 Juin 2007 - N° 63
Le prix exorbitant des carburants ne constitue pas une nouveauté, il y a belle lurette que la population endure l'intolérable et ce n'est pas faute de l'opinion de s'en émouvoir et des médias de véhiculer les difficultés et souffrances qui en sont les conséquences. Il n'est que justice que les pouvoirs publics s'en aperçoivent, mieux vaut tard que jamais. Ce n'est pas la dernière hausse qui a fait déborder le vase, il y a longtemps que le bateau prend l'eau, et en admettant même que c'est la flamme qui a ouvert les yeux du pouvoir, l'intervention musclée tardive n'exonère pas de la responsabilité dans la situation qui est.
On aurait pu adopter un profil bas et même en demeurant ferme, ramener à la modération les compagnies de distribution de carburant par une démarche plus discrète. Mais cette procédure conciliante et pondérée ne prêtait l'occasion ni à désigner des boucs émissaires pour se dédouaner de ses propres responsabilités, ni à jouer les matamores pour donner au peuple l'image d'un preux chevalier qui, après avoir ferraillé avec l'Eglise, pourfendu les grands institutions financières internationales, mis en garde les diplomates, menace aujourd'hui de ses foudres de puissantes multinationales. Ça mousse et ça produit son effet sur la masse crédule, mais ça interroge nombre de citoyens qui appréhendent des retours de coup de bâton, car sûrement les partenaires comptent les points qu'ils encaissent même s'ils ne semblent pas broncher.
Les ministres concernés par les prix, par l'approvisionnement, par les produits énergétiques paraissent de simples figurants et n'osent prendre aucune initiative de peur de tirer la couverture à eux alors qu'il ne peut y avoir qu'une personne pour avoir le droit d'impressionner l'opinion. Le Premier Ministre lui-même n'at- il pas attendu un ordre donné en public pour oser lever le petit doigt ?
La grogne qui a accueilli la hausse du prix n'a pas concerné uniquement les carburants, les gens ont autant critiqué la misère qu'on leur fait pour l'approvisionnement en huile alimentaire. Alors que c'est la pénurie totale, on annonce déjà une augmentation du prix. L'oubli du Président de tancer les opérateurs dans cette filière se comprend, son entreprise en détient le monopole. Mais il a jeté froid dans le dos de ses concitoyens lorsqu'il a menacé les " pétroliers " de rentrer dans le secteur des carburants. Si la menace était adressée aux pétroliers, la crainte a envahi la population : les carburants copiés au schéma de l'huile alimentaire, voilà de quoi alimenter tous les fantasmes de la peur.
Les détenteurs de capitaux redoutent, à un autre niveau, une tentation de gloutonnerie, et s'abstiennent d'investir. Les foucades font partie des impertinences qu'ils ont appris à gérer de par le monde, la sécurité de leurs bénéfices représente à leurs yeux l'attrait majeur que peut offrir un pays. La loi sur les investissements que l'Assemblée Nationale vient d'adopter peut constituer un argument de poids pour convaincre le monde des affaires, mais elle ne pèse pas lourd à côté de cette épée de Damoclès en quête de tous les secteurs juteux. Depuis les dénationalisations, malgré les perspectives et les promesses d'un respect de la loi du marché, il est une chose que le monde des affaires appréhende : les potentielles hypothèses d'usage de la puissance publique au service exclusif d'intérêt privé.
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