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Lettre du Mercredi 13 Juin 2007 - N° 62
A quelques exceptions près, toutes les prévisions macroéconomiques pour l’exercice budgétaire 2006 ont été révisées à la baisse. C’est ce que l’on a appris lors du passage du Premier ministre Charles Rabemananjara à l’Assemblée nationale la semaine dernière. La croissance économique a été de 4,9% alors que le gouvernement a tablé sur un taux de 6%. Cette défaillance par rapport à la prévision n’est pas une première (voir tableau ci-après).
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Certes, la croissance économique ne signifie pas toujours réduction de la pauvreté puisqu’elle doit s’accompagner d’indicateurs sociaux comme la santé et l’éducation, mais le recul de son taux inquiète quand même. Notons, en effet, que pour l’Afrique subsaharienne, la croissance a été de 5,5% en 2006. Et pour la quatrième année consécutive, cette partie du monde l’a vu progresser positivement. Madagascar n’est pas dans ce lot étant donné son recul. Or, le pays a tous les atouts pour décoller. Une étude récente de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) de la Banque mondiale note que la Grande Ile figure parmi une dizaine de pays africains offrant des conditions satisfaisantes pour les investissements dans quelques secteurs dont le textile et l’horticulture. |
Elle a été encore à deux chiffres l’année dernière, soit 10,8%. La prévision a été pourtant de 8%. La situation risque d’empirer cette année avec la hausse du prix de l’huile alimentaire, du riz, bref des produits de première nécessité. Chaque fois que le gouvernement évoque les raisons de ces problèmes, il les impute aux fameux chocs exogènes ou naturels comme la flambée du prix du pétrole, les dégâts causés par les cataclysmes naturels…
Cependant, il faut savoir que la consolidation des fondamentaux macroéconomiques (croissance, inflation, recettes fiscales, déficit budgétaire…) et une bonne stratégie post-cataclysmes devraient atténuer les chocs du genre cyclones et inondations, comme le pays en a vu en début d’année.
Mais tel n’est pas le cas. Si Madagascar dispose d’une solide stratégie de prévention des catastrophes naturelles, il ne dispose pas assez de mesures pour assurer efficacement les travaux de réhabilitation des dégâts cycloniques et pour aider les populations victimes à reprendre une vie socioéconomique normale. Or, le gouvernement excelle dans l’art de créer toutes sortes de fonds d’appui pour tel ou tel secteur (pêche et aquaculture, entretien routier, décentralisation, etc.), sans pour autant y associer une dimension liée aux catastrophes naturelles. Le pays est pourtant exposé presque annuellement à des cyclones, des inondations ou des sécheresses. Et le pire est à venir avec le réchauffement climatique.
Des analystes avancent que malgré tout, il faut toujours mettre la barre très haut : " Sans cela, les partenaires financiers et techniques risquent de regarder de travers les programmes et projets qu’on leur soumet. Définir des objectifs ambitieux est stratégique car jusqu’ici, le pays n’a pas les moyens de son développement. Il doit compter sur les aides extérieures ". Soit, puisque dans les travaux routiers par exemple, 70% du financement viennent de l’extérieur. Mais à force de ne pas atteindre continuellement les objectifs fixés, le gouvernement y perd de sa crédibilité, d’autant qu’il commet d’importantes erreurs comme le dépassement budgétaire. C’est une pratique contraire à l’orthodoxie financière. En terme de soutien à l’économie, le ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a annoncé la semaine dernière la subvention de l’engrais pour la prochaine campagne agricole. Cette mesure n’est pas une première et elle est louable à maints égards : elle facilite l’accès à cet intrant dont l’utilisation ne dépasse pas encore les 10 kg/ha contre 290 kg en Indonésie ou plus de 200 kg au Mali. Seulement, la subvention concerne une poignée de paysans alors que 73,5% des ruraux sont toujours pauvres et n’ont pas accès aux intrants agricoles. Cette mesure mérite donc d’être étendue sur plusieurs régions.
Or, les recettes fiscales non plus n’affichent pas la bonne santé. Sur une prévision de pression fiscale de supérieure à 11% du PIB, le pays n’a fait que 10,7% en 2006. Même si l’objectif pour les recettes fiscales intérieures a été atteint à 99,10%, soit 630,53 milliards d’Ariary, il n’en demeure pas moins que le pays est encore loin des performances africaines. Dans les pays de l’Afrique subsaharienne, le taux moyen de la pression fiscale est de 15% du PIB. Ce n’est pas suffisant pour permettre à cette partie du continent d’accroître ses investissements pour le développement. Ne parlons pas du cas de Madagascar !
Le sectoriel aussi est touché par la contre-performance
Madagascar est un pays à vocation agricole. On ne cesse pas de le seriner à longueur d’année, sans parler du tam tam autour du lancement de la révolution verte. Or, le secteur agricole et de l’agroindustrie ne décolle pas toujours. Comme quoi, les ambitions irréalistes ne concernent pas seulement les fondamentaux macroéconomiques.
Elles portent aussi sur le sectoriel. En 2006, les exportations agricoles et agro-industrielles sont prévues atteindre les 1.200 milliards d’Ariary. Cet objectif n’a pas été atteint même pour sa moitié car la valeur des exportations réalisée se situe finalement à 462,15 milliards d’Ariary. Il faut souligner que malgré les enjeux colossaux de la révolution verte, le plan quinquennal Madagascar action plan (MAP) ne comporte pas des indicateurs de performance pour mesurer la progression dans le secteur agro-industriel
En terme de soutien à l’économie, le ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a annoncé la semaine dernière la subvention de l’engrais pour la prochaine campagne agricole. Cette mesure n’est pas une première et elle est louable à maints égards : elle facilite l’accès à cet intrant dont l’utilisation ne dépasse pas encore les 10 kg/ha contre 290 kg en Indonésie ou plus de 200 kg au Mali. Seulement, la subvention concerne une poignée de paysans alors que 73,5% des ruraux sont toujours pauvres et n’ont pas accès aux intrants agricoles. Cette mesure mérite donc d’être étendue sur plusieurs régions.
Si l’Etat manque de fonds pour financer cette subvention, il devrait en trouver assez facilement en se tournant vers des partenaires comme la Chine ou l’Inde. Il ne lui était pas difficile d’obtenir récemment des fonds supplémentaires pour le Projet de gouvernance des ressources minières (PGRM) auprès de la Banque mondiale. Pourquoi n’en fera-t-il pas de même pour un secteur également vital pour l’économie ? Il faut cependant rappeler que la subvention est une notion abhorrée par les bailleurs de fonds traditionnels comme la Banque mondiale et le FMI, même si les pays riches en font un usage abusif. C’est dans ce sens que les nouveaux partenaires comme la Chine pourraient s’avérer nécessaires. Mais les relations avec ce dragon économique de l’Asie demande beaucoup de prudence. Des pays comme la Guinée sont appuyés par la Chine mais celle-ci prend d’une main ce qu’elle donne de l’autre. Pire, elle pille les richesses naturelles. Ainsi, la Chine a financé les travaux de construction du Parlement de la Guinée pour 6 millions de dollars alors qu’elle a pêché des poissons d’une valeur de 85 millions de dollars dans les eaux guinéennes.
14,5% du PIB
Prévision 2006
Réalisations 2007
Déficit budgétaire
< 4,5% du PIB
4,9% du PIB
Fluctuations mensuelles de l’Ariary
plus ou moins 2,5%
< 2,5%
Investissements privés
17% du PIB
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