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ROUTES ET PISTES : Une logique problématique

Lettre du Mercredi 07 Juin 2007 - N° 61

 


 

ROUTES ET PISTES : Une logique problématique

Un risque d’enlisement

Les dégâts occasionnés par les derniers cyclones à Madagasikara sur les routes bitumées commencent à se révéler dans toute leur ampleur avec l’arrivée de la saison sèche, et le bilan semble devoir être encore plus lourd qu’aux premières estimations.

"On continue" et on s’occupera très rapidement de ces artères bitumées vitales pour la circulation des personnes et des biens, mais sans qu’elles aient tellement de raisons d’être pour ces veines et vaisseaux que sont les routes et pistes rurales, et il semble que nous brûlions plutôt les nôtres, car investir des milliards dans les routes nationales n’a évidemment pas de sens si ceux qui doivent en bénéficier – et partant, rentabiliser l’ouvrage - restent enclavés à quelques lieues de là.

Les mesures d’accompagnement entreprises avec les projets routiers ne semblent pas inclure explicitement quelque priorité spécifique pour les voies rurales, or il est loin d’être exclu que nos ressources en riz soient bien plus consistantes à défaut d’être suffisantes, mais engorgées dans les goulots d’étranglement que constituent fréquemment ces pistes. Théoriquement, les politiques de programmes sont harmonisées avec les types d’ouvrages routiers, tenant donc compte de la liaison entre les zones agricoles, les petites agglomérations; en fait, l’économie du riz entre autres, risque de s’enliser du fait de ces veines mal soignées et bien souvent impraticables.

Suivant la nomenclature consacrée, les routes secondaires assurent la liaison des préfectures avec les sous préfectures et les fokontany, ou des périmètres agricoles avec les routes nationales ; les routes dites tertiaires desservent le territoire d’une collectivité de base et assurent son accès au réseau des routes secondaires ou nationales. En vérité, cette classification – établie en fonction des normes de construction – ne vaut que par la largeur de chaussée, les routes rurales n’ayant généralement de route que le nom, car il s’agit le plus souvent d’empierrements auxquels on laisse à la circulation le soin de faire le compactage, qui se métamorphosent en bourbiers semés de fondrières en saison de pluies; il est des cas plus que communs où il faut facilement une paire d’heures pour parcourir une quinzaine de kilomètres par temps sec, et un cas fréquent dans tout Madagasikara : à moins de trois kilomètres de la grand-route, le transport se fait à dos d’homme, jusques et y compris celui des malades.

Si les dégradations sont considérables pour les routes rurales, les pistes en pâtissent bien davantage, conquises parfois sur des terrains friables, ou aménagées sommairement du fait du manque de matériaux de terrassement et de main d’ouvre, en passant par les risques d’éboulement très fréquents dans certaines régions comme le littoral Est très humide. Sur les hauts plateaux, deux bandes de terre parallèles qui cheminent dans les hautes herbes constituent parfois la seule voie connue sur des kilomètres, les routes et pistes rurales sont mises à mal par les charrettes, et pourtant, il faut admettre que c’est encore le seul moyen de transport capable d’arriver à bout de certaines configurations de terrain.

L’idée d’imposer le train de roues à pneus n’a pas tenu bien longtemps la route en raison de son coût excessif ainsi que du scepticisme énergique et obstiné des ruraux quant à la stabilité d’un tel attelage sur la rocaille des hauts plateaux ; si le système se vaut sur les côtes en terrain sablonneux, encore faut il réduire la charge utile.

Généralement, les charretiers sont spécialement mis à contribution pour réhabiliter les pistes qu’ils utilisent, des voies de desserte limitées et trop localisées de par les financements : Budget communal, FID principalement, ONG caritatives. La plupart du temps, la progression d’une contrée en matière d’infrastructures rurales tient à la présence dans une communauté de personnes ayant quelque bien au soleil ou le bras assez long pour user de leur influence. Un fait que l’on retrouve également dans beaucoup plus de communes qu’on pourrait le penser : la route menant au lieu de résidence du maire figure toujours parmi les préemptions. Une autre problématique est que l’état des pistes et routes rurales constitue un facteur limitant de la pression fiscale et du développement local : comment les maires pourraient ils cogiter à d’autres projets de développement communal à partir des rentrées fiscales et améliorer l’état des pistes rurales en exerçant une telle pression sur des contribuables qui n’ont justement comme source de revenus que le produit de leurs terres qui ne trouve pas de voie d’épanchement ?

 


 


Edito

 

  • Navigation à vue : Que sa volonté soit faite à Antananarivo comme à Mahajanga
  • La diplomatie exige de dérider

Politique

  • Session parlementaire : au banc du gouvernement : La justice et sa ministre
  • Renouveau de l’opposition : Le ton durcit dans les règles républicaines
  • La déchirure révélée : Le piège du fokontany se referme

Le monde économique

  • Commerce : Le monopole gagne du terrain
    • Et le riz ?
  • Production rizicole : L’Afrique du sud est demandeur
    • Les objectifs 2012 sont-ils réalistes ?
  • Contexte économique : La zone franche s’inquiète
    • Les coûts des facteurs s’envolent
  • Transport maritime : Madagascar n’est plus servi par des liaisons directe
    • Le climat des affaires n’est pas au beau fixe

Ca déraille

  • Session parlementaire : le gouvernement face au bilan
  • L’union contre-nature des paradoxes

Société

  • Réchauffement : Geste d’intention de Bush
  • Antananarivo en pleine mue : La commune gratte les points noirs
  • Mémoire de l’image et du son : Petit cadeau de longue portée
  • Horaire des fonctionnaires : Pas très bien compris

Dossier

  • ROUTES ET PISTES : Une logique problématique
    • Un risque d’enlisement
    • Des normes peu contraignantes
    • Des contraintes inaliénables

Le monde et nous

  • ECHOS D’AFRIQUE
  • MAYOTTE, PLUS QU’UN ILOT ?
  • LES ALTERMONDIALISTES FIDELES AU POSTE
  • RCTV ET LE DÉLIT DE LÈSE-HUMANITÉ

> Cette revue sort tous les Mercredis, contient 12 pages, et est disponible uniquement sur abonnement  Si vous êtes intéressé, merci de nous contacter à cette adresse webmaster_at_madatsara.com

 


par © - LDM - le 07-06-2007 commentaire - Rubrique : Divers - LU 365 fois AddThis Social Bookmark Button



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