Articles
Conjoncture économique.
C'était au cours d'une émission télévisée que le ministre de l'Economie, des finances et du budget Benjamin Andriamparany Radavidson a été invité à livrer ses avis sur la conjoncture économique actuelle. Notre confrère Francis Rasoamaharo faisait d'ailleurs partie du trio journalistique chargé d'animer le débat. Comme l'on pourrait s'y attendre, le ministre a utilisé son franc-parler habituel, autant pour défendre le gouvernement que pour éclairer l'opinion au bord de l'abîme, pour les raisons que l'on sait déjà. Evidemment, l'inflation occupe la majeure partie du débat. Le ministre l'explique une fois de plus par la hausse du prix du pétrole sur le marché international et la nette dépréciation du Fmg par rapport à l'euro, monnaie de référence. Pour l'heure, ajoute-t-il, les producteurs de pétrole ne sont pas encore arrivés à un accord en vue d'augmenter le volume de pétrole à écouler sur le marché international. Et ce, dans un contexte où la demande de ce produit stratégique reste très forte pour répondre aux besoins de relance et de reprise des économies, notamment des Etats-Unis et de l'Asie. Quant à la baisse de valeur de la monnaie locale, le ministre trouve son explication dans l'insuffisance de nos exportations et l'appréciation de l'euro par rapport au dollar, monnaie de référence. Ce qui aurait logiquement amené les opérateurs à faire une rétention de devises. UNE ECONOMIE TRIBUTAIRE DES AUTRES La question n'est pas de savoir si cette explication tient debout ou pas. Ce que l'on pourrait en retenir s'avère bien plus important : l'économie de Madagascar est fortement tributaire de ses échanges extérieurs et des péripéties de l'économie mondiale. Mais comme il n'y a plus lieu de revenir sur le libéralisme économique et l'ouverture de l'économie sur l'extérieur, on ne peut qu'en subir les frais. Mis à part le secteur agricole, le textile, secteur le plus en vue du moment, contribue fortement à la formation du Pib (Produit intérieur brut) de 8 %, dirait le ministre. Seulement, qui dit textile, dit entreprises en zone franche. Création d'emplois, investissement, tels sont ce qu'on peut en attendre. Mais, leur valeur ajoutée ne peut être comptabilisée en tant que réalisation économique du pays. Doit-on alors se féliciter du développement du secteur pour la formation du Pib ? "A un problème conjoncturel, une solution conjoncturelle", répond le ministre Benjamin Andriamparany Radavidson aux questions se rapportant à une éventuelle hausse des salaires des fonctionnaires. Une hausse que plus d'un fonctionnaire trouveraient légitime et urgente face aux poussées inflationnistes qui font tache d'huile. A ce sujet, le ministre propose de le faire dans la dentelle en respectant des préalables comme l'élaboration d'une nouvelle grille indiciaire commune à tous les corps de métier et l'identification des fonctionnaires fantômes, jusqu'ici arrêtés à quelque 7.000. En tout cas, le ministre promet déjà un ajustement des indemnités de logement en juillet. En général, les décisions de hausse salariale doivent être prises dans la limite du budget en cours, estime-t-il. Il s'avère inopportun de modifier le DSRP (Document de stratégie de réduction de la pauvreté), un cadrage macro-économique, au vu des problèmes conjoncturels de l'économie, réitère-t-il. UNE SITUATION OLIGOPOLISTIQUE Quant à la libéralisation du secteur pétrolier à partir de juillet, elle laisse entrevoir une baisse relative des prix des carburants, d'après le ministre. Loin d'être une solution conjoncturelle, cette perspective revêt pourtant un caractère purement structurel. Certes, les distributeurs vont avoir la main mise sur les prix et la marge à pratiquer. Mais vu que la situation du marché pétrolier reste encore oligopolistique - il y a peu d'offreurs et beaucoup de demandeurs - les prix des carburants ne sont pas assurés de diminuer à court terme. Et par expérience, on sait que la décision d'investir, surtout dans un secteur aussi complexe que celui de la distribution pétrolière, ne se fait pas du jour au lendemain. Il est requis une certaine technicité, une logistique appropriée et une mise de fonds sans aucun doute ... colossale. Sur la "pluie de crédit" obtenue récemment par le gouvernement "dans une atmosphère inflationniste", puisque nous, "Les Nouvelles", l'avons baptisé ainsi, le ministre tient à mettre le point sur le "i". "Cela témoigne de la confiance accordée par les bailleurs aux dirigeants du pays", se réjouit-il. Mais, jusqu'à la preuve du contraire, l'on croyait que les ressources étaient avant tout déboursées en vue de soutenir les actions sérieuses allant dans le sens de la relance de l'économie et de la réduction de la pauvreté. La crédibilité des dirigeants y est certes pour quelque chose. Mais s'en vanter n'apporterait rien face au besoin urgent de la population de sortir de cette situation embarrassante, abstraction faite de tout vedettisme politique. Mamy Lalaina Razafindrakoto
© - Les Nouvelles.
par © - Les nouvelles -
le 24-05-2004
-
Rubrique : Economie -
LU 867 fois
Commentaires
Aucun commentaire posté.
Ajouter un commentaire