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Les Andriana dans l'histoire

"Besakana, là où l'andriana qui tourne le dos devient masina"
Si l’on ne veut pas se limiter à ce que l’on sait des XVIIIe et XIXe siècles et si l’on veut envisager l’histoire des andriana sur le long terme qui seul permet une compréhension totale, il nous faut remonter très loin, dans les mythes d’origine et dans le panthéon de l’ancienne religion malgache.
En effet, à la source de l’autorité andriana, l’on se retrouve idéalement au temps des origines et de la création du monde. Les grandes divinités sont toutes andriana comme l’attestent leurs noms d’Andriamanitra et d’Andriananahary. L’on en a la confirmation en pays betsileo où, même lorsque le pouvoir fut historiquement exercé par des rois et princes hova, les dieux qui habitaient le panthéon et étaient rituellement invoqués, s’appelaient Andriantompo “Andriana-maître”, Andrianaboabo “Andriana le plus haut”, Andrianàkatsàkatsa “Andriana de la plus grande élévation”, etc. La forme de nomination de ces dieux remonte donc aux temps primordiaux et, en aucun cas, ne peut être la projection d’une situation politique récente.
Fils et filles des dieux du Ciel, les andriana sont en ce bas monde maîtres de l’Eau et de la Terre. Maîtres de l’Eau et des Flots, sans doute le furent-ils dès l’épopée des grandes navigations hauturières. Sans doute est-ce aussi l’origine et la manifestation de cette maîtrise que l’on retrouve dans le fait que nombre de maisons princières et royales de toute l’Ile se donnent une zazavindrano, une ondine pour source et ancêtre. Le mot lui même d’andriana est souvent compris comme désignant celui qui est près des flots et de la cascade (riana); et s’il s’agit là d’une étymologie populaire, c’est aussi une étymologie qui a été jouée et vécue, puisqu’en Imerina, beaucoup de sites andriana se sont localisés près des cascades qui entrecoupent les rivières. De ce point de vue, Andramasina dominant la cascade de Tsimanatimindrana sur la Sisaony en est un des exemples les plus spectaculaires.
D’abord maîtres de l’Eau, ils sont aussi maîtres de la Terre et revendiquent le titre de Tompon’ny tany. Au XIXe siècle, les rois et reines le revendiquèrent souvent avant celui de “Mpanjaka ny Madagascar” – c’est la formule officielle des correspondances de l’administration –, et l’on se souvient que dans leurs rapports avec les étrangers, le problème de l’accès à la propriété de la terre fut celui sur lequel achoppèrent beaucoup de négociations.
Cette maîtrise de la Terre apparaît dans les mythes et les légendes, autant de textes que la tradition malgache reçoit également comme des tantara, comme des récits historiques. Et dans les mythes que l’on connaît et qui furent recueillis en dehors d’Imerina puisque les missionnaires les avaient supprimés des recueils de textes d’Imerina qu’ils ont publiés au XIXe siècle, cette maîtrise est souvent donnée comme étant à l’origine des dynasties princières.
L’un de ces mythes du pays bara raconte qu’un jour Dieu ayant donné aux hommes à choisir entre les animaux, les plantes et une motte de terre, ce fut celui qui choisit cette dernière qui devint le maître de la terre et qui serait donc à l’origine des Zafimanely.
En pays betsileo, on raconte cette légende selon laquelle lorsque le grand feu d’Afotroa prit fin, les hommes se partagèrent les animaux qui, ayant fui le feu, s’étaient réfugiés dans une zone marécageuse; l’andriana étant arrivé après le partage, les hommes décidèrent de lui donner la terre.
En pays antandroy, les roandria racontent à leurs enfants que, lors du déluge primordial, les hommes se réfugièrent sur les hauteurs (vohitsa) et l’homme qui accorda à Zanahary de lui sacrifier son fils, reçut la maîtrise de la terre et fut à l’origine des Andriamañare, les roandria de l’Androy.
Maîtres de l’Eau et maîtres de la Terre, les andriana sont évidemment maîtres des Eléments : de la Pluie qu’ils se doivent de faire tomber au bon moment, comme de la Foudre à laquelle ils sont réputés pouvoir commander. Ce sont donc eux qui sont responsables des récoltes et de la multiplication des troupeaux, comme ils sont responsables de la bonne santé de leurs peuples et responsables de la fécondité de leurs sujets. Si ces buts ne sont pas atteints, que les récoltes sont mauvaises, que les troupeaux diminuent, que le peuple souffre de la faim et de la maladie, c’est que le prince fait mal ou ne fait plus son métier d’andriana; c’est peut-être qu’il a perdu son efficacité andriana. Et l’on connaît de nombreux exemples où, alors, les peuples chassent leur prince et s’en vont en chercher un autre qui les puisse satisfaire.
À Suivre....
 


par © - L'Express - le 29-07-2004 commentaire (1) - Rubrique : Société - LU 690 fois AddThis Social Bookmark Button



Commentaires

1 Le 31-07-2004 par Dihl

Trés bonne information; mais il y a semble t il des erreurs j'attends la suite merci

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