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Chirac face à Ravalomanana

EDITORIAL MAMICOM TRIBUNE 01/08/2005 ------------- CHIRAC FACE A RAVALOMANANA : LE POIDS DES MOTS, LE CHOC DES DETAILS ! Le président malgache a des aptitudes spéciales qui le distinguent de toutes les personnalités de son rang : l’art et la manière des idées simples et des formules qui portent. Son homologue français Jacques Chirac, qui a le drame d’être un énarque, donc un Monsieur qui a été formaté pour gesticuler sans rien faire et parler pour ne rien dire - Coluche n’avait-il pas dit qu’un technocrate était un type qui, une fois qu’il a fini de répondre à votre question, vous ne savez plus quelle est la question que vous lui avez posée - Jacques Chirac n’aura donc pas été le premier à en faire les frais. Le bon peuple malgache, las des vaines promesses de ses technocrates de dirigeants précédents, avait été tellement séduit par sa formule si novatrice de « croyez seulement !» et « premier tour dia vita ! » qu’il le proclama à l’issue d’un seul tour de piste consul à Antananarivo, avant de le sacrer ensuite roi de tout le pays. Grâce à son savoir-faire, le passage de Jacques Chirac dans notre pays a eu ainsi au moins le mérite de faire parler de Madagascar dans les médias étrangers et en particulier français à défaut d’avoir permis de poser les vraies questions sur notre devenir (n’en demandons pas trop…) On a beau dire, l’homme a bien fait son boulot de premier responsable de la notoriété de son pays ! A la question d’un confrère français, qui lui tendait en fait la perche pour ancrer le discours de Jacques Chirac sur la repentance de la France à propos de la sanglante répression française de l’insurrection indépendantiste de 1947, Ravalo répond avec la simplicité qui le caractérise : « C’est du passé .Je suis né en 1949, et non en 1947. Je pense à l’Avenir »… Evidemment,il n’en fallait pas plus à la presse patriotique pour en faire des gorges les plus chaudes possibles et imaginables sur ce qui sera déjà sans doute classé par l’histoire nationale comme la bévue diplomatique du règne de Ravalo… Il faut savoir et comprendre que de nombreux compatriotes ont encore en travers du gosier les exactions subies par eux-mêmes ou par des membres de leurs familles à l’époque des évènements que l’on sait, que le pays tout entier avait atrocement vécu dans sa chair autant que dans son cœur, rendant difficile, à juste titre, leur évacuation de la mémoire collective. Mais à la décharge de notre président, plaidons que sa déclaration est somme toute, à défaut d’être défendable, d’un pragmatisme compréhensible. Marc Ravalomanana n’a assurément pas parlé sans réfléchir, sans se rendre compte de l’impact que pouvaient avoir de tels propos sur les sensibilités de ses compatriotes, comme veulent le sous-entendre déjà certains confrères. Allons, n’allons pas si vite en besogne ! On peut tout reprocher à notre président mais certainement pas son manque de nationalisme! Ce ne seront ni les propriétaires de la Cotona, ni les investisseurs de Galana, ni les brasseurs de la Star qui diront le contraire. Que les patriotes ne viennent donc pas lui échauffer plus longtemps les oreilles à ce sujet… S’agissant de patriotisme, on veut bien admettre que d’autres ailleurs chipotent pour moins que ça, qui lorsqu’il s’agit de faire reconnaître le massacre des leurs, et ce même s’ils n’étaient pas nés au moment des faits, qui les descendants des esclaves noirs 150 ans après l’abolition, s’acharnant encore à réclamer justice pour des ancêtres qu’ils n’ont même pas connus ! qui un peuple Arménien s’obstinant à vouloir faire reconnaître à la Turquie un génocide qui a eu lieu il y a plus d’un siècle alors que le chef d’état actuellement au pouvoir n’était même pas né lui non plus …et ceux-là ont, perversion intolérable, l’aplomb d’utiliser ce genre d’arguments pour saboter la candidature de la Turquie pour son entrée dans l’Union Européenne. Et que dire de ces Algériens, qui ont tellement tanné la France au sujet du massacre de Sétif que Jacques Chirac, de guerre lasse, a fini par céder et reconnaître officiellement ce massacre, même quarante ans plus tard… Mais voilà ! Tous autant qu’ils sont, ces gens compliqués feraient bien tout compte fait de commencer, eux aussi, à prendre exemple sur notre pragmatique président, qui, lui, n’hésite pas, pour faire avancer son pays à pardonner, reléguant les tristes événements qui n’ont concerné que les aïeux aux oubliettes du passé pour mieux penser à l’avenir. Entre un Salama malade de ses artisans depuis trois ans selon certains, des villes des quatre coins du pays qui retombent chaque jour de plus en plus dans le noir des temps qu’elles ont failli oublier d’avant l’indépendance, une assemblée nationale qui se chamaille plus que des garnements dans une cour de récré, le pouvoir d’achat qui dégringole et toutes ces adversités calamiteuses qui s’accumulent outrageusement ces temps-ci, sans compter une opposition de plus en plus agitée, il y a plus pressé à faire pour notre timonier que de s’attarder dans des considérations historiques stériles. Place donc tout simplement aux vertes paroles fertiles! Et si Jacques Chirac a failli voir rouge, comme le satirise un impitoyable confrère emplumé déchaîné, il n’a qu’à s’en prendre à ses exégètes de conseillers qui n’ont manifestement pas eu le réflexe de lui refiler préalablement le mode d’emploi de notre président, pourtant connu depuis longtemps pour son côté atypique. Depuis que Ravalomanana a été proclamé détenteur du trône en ces contrées, qui peut ignorer encore que la vie en ce pays va comme ça : les questions d’unité nationale prônées par-ci, de réconciliations chantées par-là, ont toujours été des détails qui empêchent d’avancer. Et puis de toute façon, le président Ravalomanana s’est-il jamais préoccupé des affaires de Vichy ou des détails des chambres à gaz de l’Europe, pour mériter qu’on lui fasse la misère sur toutes ces futilités-là ? Entre une opposition qui le vilipende dans les journaux et un pouvoir qui le remet à sa place, n’y aurait-il pas lieu de se demander que diable finalement Chirac était venu faire dans notre galère? S’il n’avait vraiment rien d’autre à apporter au peuple malgache que de la repentance, il y a de quoi se poser la question s’il n’aurait pas mieux fait de s’abstenir ce coup-là, et fait ainsi l’économie de ce regrettable « bide » de Tananarive. La repentance dont veulent les malgaches de la nouvelle génération et qu’attendait en tout état de cause le président malgache de la part de la France un 22 juillet 2005 était peut-être celle de leur reconciliation après un demi-siècle d’histoire coloniale mise à les diviser pour régner. Dans son art et sa manière à lui, c’était le message à comprendre de ce que le chef d’état malgache à voulu notifier à l’ancienne puissance colonisatrice avec laquelle, nonobstant, il n’y a jamais plus eu de sérieuses discordances ou d’irréparables ressentiments depuis l’indépendance. Au gré des amours et des malentendus qui somme toute ne font que solidifier tous les couples du monde, La France et les Français sont chez eux à Madagascar pour autant qu’ils veulent oublier définitivement qu’ils y soient encore en pays conquis. Anahyse France Volatiana


par mamitiana - le 02-08-2005 commentaires (4) - Rubrique : Economie - LU 1104 fois AddThis Social Bookmark Button



Commentaires

1 Le 06-08-2005 par Andriambololona

Je pense que les 2 presidents ont simplement voulu insister pour ameliorer le raprochement franco-malgache sans vouloir heurter l'opinion des Malagasy Tsotra comme la majorite du pays.Ravalomanana est un Homme du present et de l'avenir,Chirac veut toucher le coeur des Malgaches en parlant du passé pour ameliorer le present et l'avenir.C'est simple.Merci

2 Le 08-08-2005 par Noro

Le 29 mars reste une date fatidique dans l'histoire de M/car. Notre Président a raison. Il est temps de s'atteler à l'avenir. Le monde entier clos une grande partie de son histoire par de multiples commémorations et M/car a eu cette heureuse occasion grâce à un Président français en accord avec son époque : la mondialisation.

3 Le 05-12-2005 par yohann

magnifique, vous maitrisez la langue française comme un vrai poète mais je suis déçu de toutes ces pensées.....quelles pensées? je direz moi que non, il ne faut pas oublier le passer, vous parlez du génocide arméniens et bien d'autres malheurs sans connaître réellement l'importance de la reconnaissance de ces faits, si seulement vous madame étiez à la place de ces peuples vous comprendriez la souffrance de ces peuples, car l'oubli n'aide point à voir le futur et oui, madagascar à besoin de voir son futur mais non en lui tournant le dos !!! pragmatique et simple homme dites-vous? le monde entier travail madame et ce pour un monde meilleur mais au prix ou vous me proposé ce monde, non madame, ça jamais, gardez-le pour vous !!!

4 Le 24-02-2006 par Maud

J'aime l'écriture de votre article, cette petite pointe d'humour et cette manière de ne pas y aller par quatre chemins. Vous avez voulu provoquer les lecteurs afin de les faire réagir, se bouger et c'est bien mais attention de ne pas aller trop loin. Certains mots de votre discours ne sont pas recevable. Parler de futilités ou de chipotage concernant la demande de reconnaissance d'un génocide ou autre crime de l'humanité est presque intolérable et non adaptés. Cependant, si on ne prend pas tout votre discours au mot, il y a des idées intéressantes à approfondir. J'espére que vous seriez d'accord avec moi si je vous disais qu' il ne faut pas oublier le passé. Il nous permet, si nous l'analysons d'une façon correcte, de ne pas reproduire les erreurs effectuées, nous devons en tirer des conclusions efficaces qui seront utiles à l'avenir. Votre discours je l'espére est donc celui là, celui de toujours être tourné vers l'avenir et de réfléchir à la question: comment le passé peut lui servir. Car la reconnaissance est importante mais si elle n'est faite que de mots et que les erreurs se reproduisent toujours elle ne set à rien et nous aurons gaspiller notre énergie pour une petite chose alors qu'il a peut-être une autre façon de faire, Battons nous pour les erreurs du présent en nous servant des exemples du passé et je pense que nous pourrions avancer.

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