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Problème de Riz à Madagascar

Tandis que nous nous acheminons de trouvailles en trouvailles inédites pour résorber l'actuelle crise, nous avons fait des recherches sur l'évolution de la riziculture à Madagascar. A dire vrai, c'est pas joli-joli car nous avons fait une descente en enfer... Et nous continuons apparemment.
En date de juillet 2004, il a été recensé 2 millions de petits producteurs de riz à Madagascar. Or, plus de 60 % d'entre eux ne disposent même pas de 60 ares de rizière. Un tiers de ces exploitants sont en situation de subsistance, ils ne produisent que quelque 800 kilos sur une surface de moins de 1 hectare. Pourquoi ?
Création d'un monopole d'Etat
Dans les années 50, l'Institut de recherches agronomiques a produit de nombreuses variétés de riz. Dans les années 70, les activités de développement rizicole ont été englobées dans le projet dénommé "rattrapage paddy". Puis il y eut le GOPR (Opération de Productivité Rizicole) et l'ODR (Opération de Développement Rizicole) dans le Vakinankaratra, le PNVA (Programme National de Vulgarisation Agricole) dont font partie les PPI (Petits Périmètres Irrigués). Des sociétés parapubliques d’aménagement et de développement ont aussi opéré dans les régions rizicoles : la SAMANGOKY à Morombe, la SOAMA à Andapa, la SODEMO (Société de développement du moyen-ouest) à Morondava, la SOMALAC à Ambatondrazaka et le FIFABE (Association pour le développement du Betsiboka) à Marovoay. En 1980, le FOFIFA (Centre de recherches pour le développement) a succédé à l'Institut de recherches agronomiques. Il s'occupe plutôt de recherche de nouvelles variétés de riz, de l'amélioration des variétés locales, de nouvelles variétés performantes et de nouvelles techniques de culture. Mais que s'est-il donc passé dans les années 70-80 ? On disait alors que les Malgaches consomment plus de riz que les Chinois. Mais la production de riz n'a guère variée alors que la population augmentait de 350.000 par an. En 1997, Jean-Hervé Fraslin, expert en crédit agricole déclare : "Madagascar est un des seuls pays où le rendement de la riziculture n'a pas augmenté en trente ans". Au milieu des années 70, le gouvernement socialiste a vraiment tout... révolutionné jusqu'à transformer l’économie toute entière du pays. En 1973, la Société d’Intérêt Nationale des Produits Agricoles (SINPA) était créée pour gérer la commercialisation des produits de base et des produits d’exportation, et d’assurer le stockage, la transformation et la distribution du riz. En réalité, un monopole avait été créé. Au niveau du village, on a installé des organisations qui géraient la commercialisation des produits agricoles au niveau des producteurs. Le VATOEKA (commission économique au niveau du fokontany) en est un exemple. Mais la SINPA ne s’étant pas engagée dans la fixation des prix, et sa structure financière et administrative étant inadaptée, il y a eu des problèmes dès le début.
Le "riz fokontany" renaît en... 2004
En 1977, au constat de cet échec, l’Etat change les règles et autorise d’autres sociétés d’Etat comme COROI, SOMACODIS et ROSO à assurer ces tâches. La Grande île a été divisée en zones avec une société d’Etat responsable de chaque zone. Un prix unique a été appliqué dans toute l’île pour le riz et le paddy. Le gouvernement a aussi étendu le rôle des sociétés FIFABE et SOMALAC et leur a confié la responsabilité de la production, la collecte, la transformation et la distribution du riz dans ces lieux de production principaux que sont Marovoay et le lac Alaotra. Or, comme ces sociétés n’étaient pas capables de fournir assez de produits pour tous les centres urbains et les régions déficitaires, les marchés parallèles ont continué d’exister. On a estimé que 25 % des achats de riz en 1982 ont été fournis par le marché parallèle et dans certains cas le prix du marché parallèle a été estimé à 2,5 fois celui du prix officiel en 1983. L’importation de riz s’est accrue rapidement au début des années 1980 à cause des subventions de riz importé, créant des dépenses gouvernementales insupportables qui ont conduit à l’abrogation du système de société d’Etat. Soulignons que ce n'était pas seulement le riz qui a été sérieusement contrôlé par l’Etat mais ont aussi été contrôlées les filières d’autres produits tels que le mais et le manioc. Par ailleurs, le marché de légumes, de fruits et de pomme de terre n’a jamais été réglé par l’Etat.
La transition vers le marché libéralisé dans la commercialisation des produits agricoles a été réalisée en plusieurs phases. En 1983, l’Etat a abandonné officiellement son monopole mais elle a installé des politiques de transition. Les mesures de la libéralisation initiale a impliqué l’ouverture du commerce agricole sauf dans les plaines de Marovoay et du Lac Alaotra où la FIFABE et la SOMALAC ont pu préserver leur monopole. Les rôles de ces deux sociétés d’Etat ne sont rétablis qu’en 1986. Au début des réformes, il y avait encore des prix plafonds et des prix planchers. En Juin 1985, un décret gouvernemental fixe le prix plancher du paddy et supprime le prix plafond. En réalité, le gouvernement a fermement contrôlé le commerce du riz local jusqu'en 1986. A partir de la mi-1983, il a organisé le ravitaillement de toutes les grandes villes avec du "riz fokontany". C'est le riz subventionné et distribué au niveau de fokontany. Ce type de riz a représenté plus de 60 % de la consommation des ménages jusqu’à 1986 dans la capitale. Ce programme s’est prolongé jusqu'en octobre 1988, mais son importance a diminué graduellement. Le gouvernement a introduit un programme de "stock tampon" en novembre 1986 pour réagir contre le prix saisonnier élevé de cette année et pour défendre le prix plafond. Ce programme de "stock tampon" a été mal géré et a pris fin en 1990. Il reprend donc en 2004. Bizarre...
Importation à outrance
En 1991, le gouvernement a introduit une taxe d’importation de 30 % sur le riz pour protéger la production locale. Cette taxe a été réduite à 10 % en 1995. De toute façon, le gouvernement a encore donné des exonérations occasionnelles de taxes à certaines sociétés et embarquements afin de stabiliser l’offre alimentaire. A l'avènement du "Fahamarinana" et du "Fahamasinana" apporté par Marc Ravalomanana, la majorité des Malgaches avait l'espoir d'en finir avec leurs cauchemars de prix insensés et de longues queues pour une poignée de grains de riz. Le 27 décembre 2003 à Iavoloha, le président, lui-même, à l'issue d'un concours agricole, avait annonçé l'autosuffisance en "vary gasy" avec une estimation de 3.200.000 t pour 2004. Hélas, actuellement, nous sommes obligés d'importer à outrance pour pallier au mercantilisme des commerçants et affronter la période de soudure. Il faut avouer qu'à Madagascar, les cataclysmes naturels sont les excuses de choix pour rééquilibrer les prix à la hausse même si ceux-ci, au niveau mondial, n'accusent aucune variation. Nous ne sommes donc pas sortis de l'auberge d'un monopole déguisé. Nous ne sommes pas les seuls à nous casser la tête pour trouver une solution pérenne à cette situation qui entre dans le domaine d'une cycle éternel. Nous avons trouvé une solution mais sera-t-elle prise en compte ? Nous l'avons déjà proposée, nous la réitérons car il y a urgence. Pour cette saison il faut faire une croix sur tout espoir de bonnes récoltes. Cependant, c'est ici et maintenant qu'il faudra mettre en pratique ce qui suit. Lors de nos différents reportages à travers l'île, nous avons constaté l'immensité des terres qui ne demandent qu'à être cultivées. Tout au long des dernières trente années, tous les dirigeants ont posé la mauvaise question : qu'est-ce qui vous manque ? Or, la vraie question est : qu'est-ce que vous avez que l'on peut développer ?
Sans l'armée, point de salut
Dans ce contexte, il y a ses terres immenses. Mais les gens n'ont pas de matériels, pas d'outils adéquats et pas de produits nécessaires pour les cultiver. Sans compter l'insécurité grandissante dans les campagnes. Dès lors, le pouvoir doit faire appel à l'armée qui s'engagera dans une véritable guerre. Nous avons déjà les luttes de ceci, de cela. Nos soldats doivent combattre pour l'auto-suffisance alimentaire. Leurs "ennemis" ? Ce manque de matériels agricoles. Pas besoin de mécanisation ni de tracteurs Arema ayant finis en cages à poules mais des outils traditionnels (angady, angadin'omby...). Ils doivent donner l'exemple. Donc, il faudra aussi les équiper en conséquence. Chaque parcelle de terre à cultiver devra voir un camp d'au moins trente soldats. Par ailleurs, si l'on considère le lac Alaotra, ils devront refaire une ceinture verte en plantant des arbres sur les hauteurs. Ce, afin de freiner l'ensablement. Ils devront construire des canaux d'irrigation... Bref, ce n'est pas le travail qui manque. Cela ne va pas plaire à certains entités qui entendent que les Malgaches demeurent sous-développés. Mais que les populations et les soldats, dans cette guerre que nous proposons, se mettent une fois pour toute dans la tête que ce travail d'aujourd'hui garantira le paradis de leurs petits-enfants. Ne dit-on pas que Paris (et même New York) ne s'est pas fait en un seul jour ? Voilà la vraie solution pour faire de Madagascar un dragon de l'Océan Indien. Puissions-nous rester longtemps vivants pour vivre cette ère, après plus de 40 ans d'errance sous le joug des pouvoirs qui, à bien y réfléchir ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. C'est-à-dire les avantages immédiats des 4 X 4, des villas, des séjours à l'étranger qu'ils croient être compromis si les 85 % des paysans malgaches se développent à leur niveau. Appauvrir le peuple est une politique qui a fait son temps. "I have a dream", avait déclaré Luther King. Nous aussi : que les bailleurs ne donnent plus d'argent. Ainsi confrontés à l'extrême, il est certain que le génie et l'orgueil malgaches se réveilleront, comme en 2002 et comme la Chine qui a commencé par une révolution culturelle. Tout est question de mentalité ("Toe-tsaina"). Est-ce si difficile que çà ?


par © - Madagascar Tribune - le 27-11-2004 commentaire - Rubrique : Société - LU 613 fois AddThis Social Bookmark Button



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