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Coloque Keré travaux de synthèse

à partir de l'allocution à la tribune de Michèle Rakotoson, porte-parole de la Commission de synthèse.

Le colloque international organisé en l'Amphithéâtre Marie Curie de l'Ecole normale supérieure de Cachan, le 6 décembre 2003, par l'association Hetsika Diaspora France et intitulé " Le Kere dans le contexte malgache. Etat des lieux, enjeux et perspectives. Quelles tâches pour la Diaspora ? " a été ouvert par les allocutions respectives de : - Tafika Rakotomavo, Président de Hetsika Diaspora France, Co-président du colloque ; - Maître Henri Epessé, Secrétaire général d'AFRICA-2005 (association regroupant des originaires de 53 pays africains et oeuvrant à faire de 2005 l'" Année du prestige de l'Afrique ") ; - Andrée Milleret, Conseillère municipale, Représentante de Monsieur le Député-Maire de Cachan ; - Rivo Randrianarisoa, Représentant de S.E.M. l'Ambassadeur de Madagascar en France.

Il a été clôturé par les allocutions respectives du/de : - Professeur Narivelo Rajaonarimanana, Membre de l'Académie Nationale Malgache des Arts, des Lettres et des Sciences, Co-président du colloque ; - Jean-Claude Rabeherifara, Membre du Comité d'organisation et Coordinateur du Conseil scientifique du colloque ; - Alhassane Barry, Président du FORIM (Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations, qui regroupe 24 pays, 40 fédérations et 1000 associations) ; - Jean-Yves le Bouillonec, Député-Maire de Cachan ; - Son Excellence Monsieur Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo, Ambassadeur de Madagascar en France,

Philippe Rajaona, Secrétaire général de Hetsika Diaspora France, a coordonné, du début à la fin, cette journée de colloque.

Le colloque a débattu à partir des communications respectives de : - Hery Zo Rakotondrainibe, directeur du Département Education et Communication à l'Office national pour l'Environnement (ONE), enseignant chercheur à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université d'Antananarivo (communication lue par Mamy Ratrimoarivony) ; - Richard Redobana, économiste, Université de Clermont-Ferrand ; - Hugues Rajaonson, économiste de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables, Université d'Antananarivo ; - Hanitra Randrianasolo, ingénieur en industries agricoles et alimentaires, économiste en spécialité " développement durable ", Université de Versailles-Saint-Quentin ; - Steven Lellelid, Water quality engineer, Tsihombe / Andrew Stuart, Great Britain / Andry Ranaivoson, hydrologist, Polaris Group, Bloomington, Minnesota, USA (communication lue par Emilie Larfeuil-Rousseau) ; - Eric Thosun Mandrara, économiste du développement ; - Olga Helisoa, géographe ; - Jean Herivelo Rakotondrainibe, ingénieur hydrogéologue, Secrétaire général du Ministère de l'Energie et des Mines (communication lue par Mamy Ratrimoarivony), - Daniel Neu, agro-économiste, chargé de programme au GRET (Groupe de Recherche et d'Echanges technologiques), - Lalao Randriamampionona, anthropologue et philosophe, Présidente du Conseil d'administration de l'ONG Taratra ; - Gilbert Mahavoatsy, sociologue ; - Pierre Mesmin Rabotovao, économiste et gestionnaire, Spécialiste en Organisation, Systèmes d'Information et de Connaissances, Consultant Senior Polyvalent (Groupe BNP-PARIBAS) ; - Philippe Rajaona, Secrétaire général de Hetsika Diaspora France.

Organisateurs et communicants mis à part, une centaine de personnes de tout statut ont participé à ce colloque, la plupart s'étant inscrites au préalable.

La journée a été divisée en quatre grandes séquences :

Les deux séquences du matin ont permis une approche globale du Kere : Situation socio-économique et environnementale de l'Extrême-Sud de Madagascar, défaillance du système de production et des filières alimentaires comme cause et conséquences du Kere, défaillance de la politique agricole mise en œuvre jusqu'à maintenant, problèmes d'accessibilité aux solutions alternatives et aux solutions durables, dégradation de l'environnement comme dans la région de Faux Cap où l'avancée des dunes pousse les habitants à émigrer etc. Toutes ces réalités objectives sont à garder présentes à l'esprit quand on parle de l'Extrême-Sud de Madagascar qui, souvent, est victime de clichés réducteurs.

Tous les intervenants au colloque ont été unanimes : l'Extrême-Sud de Madagascar, et surtout l'Androy, est un pays de paradoxes. On y produit du maïs, du sorgho, du manioc et même du riz… Les élevages et les cultures sont rationnelles et méthodiques. La main-d'œuvre est solide et il y a une grande tradition de travail : le travailleur antandroy est à la SIRAMA, à Mahitsy, à Tsiroanomandidy etc… C'est une population qui sait la valeur de l'argent ; une population dotée d'une structure sociale et culturelle solide et sophistiquée, avec des traditions bien ancrées voire rigides.

Mais, en même temps, il y a des problèmes : - d'accessibilité à la nourriture, - de cherté des produits de consommation, - de rareté de l'eau, - de déforestation importante.

Et il y a des distorsions dans cette société. Elles sont dues : - à un attachement profond au patrimoine culturel traditionnel qui, à première vue - une vue qu'il faut nuancer -, semble être un frein au développement et à l'entrée dans la modernité : rapports hiérarchiques sophistiqués, interdits pesants… - au changement du contexte économique dans lequel les modes de travail et de migration oeuvrent ; autrefois, en période sèche ou en période de soudure, les jeunes gens partaient chercher de l'argent, mais revenaient au village ; actuellement, les problèmes économiques et écologiques (problèmes des dunes, déforestation, mais aussi régression en nombre et en capacité des greniers collectifs etc.) s'étant aggravés, ceux qui émigrent (ils vont par exemple à Ilakaka) ne reviennent pas et les champs et les villages ne sont plus travaillés que par les femmes et les enfants ; - à la dégradation des filières alimentaires qui ne peuvent dès lors compenser les phénomènes de migration.

Mais ces données ne sont pas rédhibitoires. Des expériences comme celle de l'ONG Taratra (rapportée par Lalao Randriamampionona) montrent que quand l'implication de la population est grande, que c'est elle qui définit le projet (nécessairement intégré), que le Kere est approché dans son contenu pluridimensionnel et que cette analyse est faite à plus grande échelle, le taux de réussite du projet est potentiellement important.

De plus, même dans les situations les plus complexes, comme celles inhérentes aux fady (interdits), il y a des solutions culturelles et sociales de contournement pour ceux qui connaissent bien la société. On peut donner l'exemple de la pêche : certains Antandroy ont l'interdit de la pêche et tournent le dos à la mer ; ceux-là mangent du poisson mais ne le pêchent pas. Dans certaines régions, en passant par la bénédiction des mpisorona, le fady peut être levé et ces groupes antandroy peuvent pêcher et manger du poisson.

Alors pourquoi le Kere et qu'en est-il du combat pour l'enrayer ?

Déjà un dysfontionnement peut être désigné : les projets sur le Kere sont souvent à moyen terme, de trois-quatre ans, dont ensuite le suivi pose problème. Le mode de fonctionnement administratif des projets aussi peut poser problème et court le risque de n'être pas rentable pour les populations.

Mais le constat au colloque fut général : aucun projet de développement ne peut se bâtir en faisant l'impasse sur l'accord des populations. Mieux, si on veut qu'un projet soit viable et solide, il faut qu'il soit porté par la population : ce qui veut dire que la résorption du Kere ne peut pas faire l'économie d'une réflexion en profondeur sur la décentralisation et le respect des populations locales et que tout projet doit s'inscrire sur le long terme avec, nécessairement, collecte des données et mémorisation. Mais aussi, tout projet lié au Kere devrait s'inscrire dans une perspective d'actions ne perdant pas de vue l'intérêt régional et l'intérêt national, même s'il est nécessairement ancré sur le local.

Car, de fait, le problème du Kere soulève des questions importantes qui relèvent du contenu de la politique agricole mise en œuvre, voire du modèle de société proposé aux populations, les modèles ayant eu cours jusqu'à maintenant ne semblant pas correspondre aux réalités du terrain. Le colloque a particulièrement identifié, parmi les projets en cours et évoqués, Qit-Fer comme étant l'un des plus dangereux, qui va notamment bouleverser l'équilibre environnemental tout en soulevant de graves problèmes de santé publique.

La dernière séquence du colloque a permis de réfléchir sur des solutions possibles. Avec ce constat que, pour analyser le Kere et son aspect récurrent, il faut aller au-delà des analyses classiques.

Il y a, dans ce qui est en amont du Kere, un problème d'accès à l'éducation. La mise en œuvre d'une éducation qui tienne compte des réalités locales est nécessaire. Le colloque a notamment insisté sur l'urgence aujourd'hui de formations aux outils permettant l'accès à la modernité pour : - une meilleure gestion des ressources locales, - une adaptation des procédures aux cultures et modes de vie locaux, - une gestion cohérente et conséquente des transitions à mener avec l'accord des populations, - une mise en adéquation de ce qui est accessible (par exemple, l'aquaculture) et des pratiques traditionnelles.

Des exemples précis dans ce sens ont été donnés par Lalao Randriamampionona, de l'ONG Taratra dont les actions intègrent pleinement la participation des populations et la dimension " éducation-formation ", ou par Hanitra Randrianasolo, ingénieur en industries agricoles et alimentaires et spécialiste en économie du développement durable, qui a montré comment elle a pu monter, avec des villageois, une unité de production d'algues (unité qui a malheureusement dû s'arrêter faute de financements...).

A partir de ces constats, des solutions peuvent être envisagées : - Accès de la population aux ressources alternatives (micro-crédit, cultures adéquates, désendettement des ménages etc.), ceci nécessitant que les projets de micro-finance, par exemple, soient adaptés aux réalités locales (80 à 90 % des paysans sont endettés) ; - Fiabilisation des données statistiques et des solutions techniques à publier de façon transparente ; - Banque de données et mémorisation des projets ; - Politique agricole et alimentaire à définir de manière globale.

Sur ces bases, le colloque a pu poser ses recommandations.

1/ Plutôt qu'une aide humanitaire qui risque de contribuer à déséquilibrer encore plus la situation économique de la région et aggraver les dépendances, il vaut mieux pour la diaspora favoriser un " fonctionnement en mode projet ". Il s'agira plus précisément de : - s'impliquer dans des partenariats solidaires sur des projets en cours, partenariats qui permettraient éventuellement de mobiliser et impliquer l'épargne expatriée ; - donner la priorité à des projets dans le domaine de l'éducation et, pour cela, mobiliser les compétences inventoriées dans la diaspora et d'autres mobilisables dans le cadre des coopérations Nord-Sud et Sud-Sud.

Pour avancer concrètement dans ce sens et mettre en acte ces propositions, des ateliers d'ingénierie des projets identifiés, à construire dans les règles (faisabilité, partenariats, financements, suivi, évaluation, agenda etc.), vont être organisés par Hetsika Diaspora France dès le début de l'année 2004.

2/ Le colloque a, en outre, recommandé trois mesures nécessaires pour préserver les acquis dans la lutte contre le Kere : - une loi sur l'obligation d'un stock de sécurité chez les grossistes et les fournisseurs (comme cela a existé dans les années soixante) pour garantir le relais durant la période de soudure. - une loi sur un contrôle des prix durant cette période pour contrarier les spéculations qui multiplient par 3, 5 voire 10 le prix des aliments au moment du Kere. - la mise en place de greniers collectifs et solidaires qui permettraient aux villageois de stocker des vivres (à titre d'exemple, il n'existe qu'un seul silo dans la région, à Ambovombe).

3/ Enfin, le colloque a recommandé que la question de l'eau cesse d'être instrumentée dans les enjeux de pouvoir. L'eau est nécessaire aux paysans de la région sujette au Kere. Il faut acheminer et protéger l'eau potable : un projet de pipe-lines existe ; les sources d'eau sont connues à 50 mètres près par des acteurs comme l'ONG Taratra. Il est tout simplement insupportable que les associations et acteurs de terrain aient dû déployer un lobbying tenace pour que, enfin, la question de l'eau fût pleinement intégrée dans le DSRP.

Cachan, le 9 décembre 2003

Le Bureau Exécutif de Hetsika Diaspora France Le Comité d'organisation du Colloque international sur le Kere


par Madatsara - le 12-12-2003 commentaire - Rubrique : Economie - LU 808 fois AddThis Social Bookmark Button



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