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La téléphonie ambulante et sauvage se cherche un avenir autorisé
La téléphonie communautaire cherche sa place dans un univers réglementé
Le marché de téléphonie communautaire est en pleine effervescence. Bien que reconnue d'utilité publique, cette activité est tout sauf professionnelle et organisée. Jusqu'à maintenant, la loi se tait sur cette pratique. Profitant de ce vide juridique, les prestataires de ce service de téléphonie mobile à la minute n'ont de cesse de s'accroître. Et ce, en attendant le verdict de l'Omert (Office malagasy d'études et de régulation de télécommunication) qui sera rendu public ce jeudi. En tout cas, la réorganisation de cette profession est plus que jamais de mise.
En l'espace d'un an, les exploitants de ce filon se chiffrent à plus de 4.300 dans tout Madagascar, dont plus de 3.000 dans la capitale. 55% d'entre eux sont des jeunes de 16 à 30 ans, 19% des hommes de plus de 30 ans, 18% des femmes de plus de 30 ans et 9% des personnes handicapées. Lancé en avril 2003, ce service de proximité se vend toujours comme de petits pains dans tous les coins et les recoins des villes. Un quartier abrite en moyenne 12 "points d'appel", appelés également "taxiphones" ou "cabines mobiles". Ceux-ci émettent chacun entre 50 et 80 appels par jour. Ces chiffres en disent long sur l'appropriation et l'utilité de cet outil de communication pour la grande masse.
Ainsi, le téléphone portable et le crédit de communication y afférent ne sont pas encore à la portée de toutes les bourses. Aussi, n'est-il pas étonnant que le président de l'association des consommateurs Fimpa (Firaisamben'ny mponina miaro ny zon'ny mpanjifa), Pierre Émile Razafintsalama, lui-même, ne soit pas encore doté de téléphone portable. "C'est la réalité, mais que voulez-vous ? Si, je suis là, c'est pour défendre les consommateurs comme moi", a-t-il laissé entendre hier avec humour. C'était lors de l'atelier portant sur le thème "A qui doit profiter l'usage des moyens de communication et des télécommunications à Madagascar ?" au Motel.
Palliatif
La téléphonie communautaire constitue incontestablement un palliatif à ce problème de vulgarisation de téléphonie mobile. Mais la qualité des services (qualité et propreté des appareils, salubrité des lieux, garantie de la régularité des activités, etc.) offerts laisse encore à désirer. Idem pour les prix qui, en l'absence de toute explication plausible, culminent fièrement à 2.500 Fmg la minute (ce qui est largement en dessus des tarifs proposés par Madacom et Orange). Une hausse de 66 à 150% par rapport aux prix de départ de 1.000 et 1.500 Fmg que l'Acamo a expliquée hier par la résiliation des contrats signés entre ces opérateurs de téléphonie mobile et les premiers négociants de téléphonie communautaire. Avant cela, les prix spéciaux convenus entre les deux parties étaient fixés aux alentours de 350 Fmg la minute. Les exploitants s'approvisionnaient auprès de ces négociants au prix de 600 Fmg la minute pour revendre leurs services à 1.000 Fmg. Depuis que l'Omert a levé la suspension de cette activité en décembre 2003, les revendeurs au parasol fixent arbitrairement leurs prix, sous prétexte de ne plus jouir de prix spéciaux auprès des deux principaux opérateurs. Et ce, en attendant la réforme du cadre réglementaire des télécommunications.
Conscients de leur manque de professionnalisme et de crédibilité vis-à-vis de l'Etat et des tiers, les membres de l'Acamo viennent d'élaborer une charte destinée à poser les jalons de leur profession. A l'issue de l'atelier d'hier, elle a été approuvée par les deux associations des consommateurs présentes : le Fimpa et la Pladdicc (Plateforme pour la défense des droits et intérêts des consommateurs et citoyens). Toujours est-il que cette charte ne s'est pas inspirée de la réforme du cadre réglementaire des télécommunications qui sera rendue publique ce jeudi par l'Omert (Office malagasy d'études et de régulation de télécommunication).
Vigilance
Le DG des Tics (Technologies de l'information et de la communication), Olivier Robinson, s'est montré très réticent et a mis en doute une fois de plus le professionnalisme de l'Acamo : "Les exploitants de téléphonie communautaire ont tout intérêt à adapter leurs activités au nouveau cadre général qui fait suite à la privatisation de Telma. Ils doivent être vigilants sur les termes à utiliser lors de leurs futures négociations avec l'Omert et l'Etat et les opérateurs. A titre d'exemple, l'Acamo ne doit plus parler de "cabines" mais trouver un autre terme pour désigner leurs activités car le nouveau cadre accorde l'exclusivité de l'exploitation des cabines par Telma. Néanmoins, je reste convaincu que ce cadre est matière à creuser pour l'Acamo à condition de bien savoir l'exploiter. Je sais par exemple qu'aucune licence de l'Omert ne sera exigée pour cette activité. Une autorisation préalable suffira". Et d'exhorter les exploitants de téléphonie communautaire à se professionnaliser avant la mise en place de la fibre optique en 2006 qui va charrier sur ce marché beaucoup d'investisseurs à la technicité avérée.
Toujours est-il que les exploitants de téléphonie communautaire restent confiants en l'avenir. Avec leur nouvelle organisation qui attribue à l'Acamo le rôle de régulateur du marché, ils sont disposés à relancer les négociations auprès de Madacom et Orange et Omert. "Pour que les prix redeviennent presque comme avant !" : tel est le défi qu'ils se lancent déjà avant le verdict de l'Omert.
Mamy Lalaina Razafindrakoto
par © - Les Nouvelles -
le 31-08-2004
-
Rubrique : Economie -
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