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Politique étrangère française

Politique étrangère française et soutien à Arafat.

La visite de Mr Barnier à Y.Arafat il y a quelque temps a choqué un certain nombre de ceux qui aspirent à une autre situation dans les relations israélo-palestiniennes et sur le terrain. Cet acharnement de la France à soutenir le vieux chef terroriste, ‘’Président-légitimement-élu-à-vie’’, et à fustiger l’Etat d’Israël dès que l’occasion se présente, voudrait faire croire à une démarche humanitaire pleine de compassion pour le peuple arabe palestinien.

Rien n’est moins sûr. L’histoire de la France , de sa politique étrangère et de sa diplomatie, a trop souvent démontré que l’intérêt des peuples ne pesait pas lourd face à la ‘’real-politik’’ d’une France ex-empire colonial. Quelques exemples suffiront à le montrer.

L’histoire coloniale française

Celle-ci montre des zones d’ombre où la politique française n’a pas toujours été soucieuse des peuples. Madagascar fut le théâtre d’une politique coloniale qui n’a pas fait beaucoup de cas du nombre de morts. Parler de barbarie n’est pas exagéré. On évalue à plusieurs dizaines de milliers de morts les victimes de la colonisation et de la répression française entre la fin du XIXème siècle et les années 1940.

Plus récemment, le mal qu’a eu la France à reconnaître le nouveau Président malgache Marc Ravalomanana, démocratiquement élu en 2002, et l’insistance qu’elle a montré à s’accrocher au dictateur déchu Didier Ratsiraka, amène à se demander si la France ne préfère pas pour ses affaires une ‘’bonne’’ dictature à une démocratie plus émancipatrice. Cette attitude contraste avec l’empressement de la France à imposer au Président ivoirien Gbagbo, démocratiquement élu, de composer avec des putschistes (soutenus par la Libye…).

La Nouvelle-Calédonie a elle aussi été touchée par la politique ‘’compassionnelle’’ de la puissance coloniale française, avec répression (pour laquelle le terme de barbarie là aussi n’est pas toujours exagéré), système de réserve indigène, déportation de population, promotion de l’alcool pour se ‘’débarrasser’’ d’un peuple plutôt encombrant… La domination française sur le peuple kanak fut, pendant longtemps, tout sauf humanitaire.

L’épisode algérien reste une honte dans l’histoire du pays des Lumières. La politique française, outre sa barbarie, de Sétif aux ‘’Evénements’’, s’est caractérisée par bien des surdités jusqu’à aujourd’hui, vis à vis des cris des peuples, algérien dans sa volonté d’indépendance, harki dans sa demande de reconnaissance trop longtemps ignorée, berbère soumis à une arabisation brutale, démocrates bâillonnés …

En 1981, l’alternance politique s’exerce avec l’arrivée de la gauche au pouvoir.

La majorité semble d’accord pour renouveler les relations Nord-Sud dans le sens de plus d’éthique et d’une meilleure prise en compte des intérêts des peuples du Tiers-Monde. Les débuts semblent prometteurs. L’expérience sera de courte durée. La volonté de renouveau laissera vite la place à une politique plus conforme aux intérêts ‘’supérieurs’’ de la France. Avec la gauche, la ‘’real-politik’’ et la cellule africaine de l’Elysée pourront s’exprimer de nouveau sans entrave, mais pas nécessairement pour le bien des peuples, notamment ex-colonisés. Quelques années plus tard surviendra, comme un signe, un formidable scandale politico-financier, le ‘’Carrefour du développement’’, expression limpide du mépris des peuples du Sud en développement par des responsables politiques et administratifs français.

Plus près de nous, la dernière visite du Dalaï Lama en France a montré le peu de volonté de la France à soutenir la cause du peuple tibétain.

La plus haute instance de l’Etat français refusa, contrairement aux USA par exemple, de donner une dimension politique à cette visite. Les intérêts politico-économiques de la France ne peuvent se permettre le luxe d’une brouille avec le géant chinois. Et tant pis pour le peuple tibétain.

La persévérance avec laquelle la France a soutenu le régime sanguinaire de Bagdad montre là aussi que la ‘’real-politik’’ et les intérêts français priment sur le bien des peuples. Les Etats-Unis ont déposé le ‘’boucher de Bagdad’’ pour défendre leurs intérêts géopolitiques. Ils ont à cette occasion abusé d’arguments (danger d’armes de destructions massives, liens entre Al Qaïda et Bagdad), parce que les seuls valables juridiquement pour permettre une décision du Conseil de sécurité, afin de parvenir à leurs fins.

La France, elle, a tout fait pour sauver le régime de Bagdad et garder un statut quo (dictature sanguinaire, embargo de l’ONU privant un peuple de son développement et engraissant un régime assassin et ses complices, y compris dans le cadre du ‘’pétrole contre nourriture’’), statut quo favorable à ses intérêts avec le régime du bourreau Saddam. Elle l’a fait en abusant d’arguments moraux, juridiques et humanitaires. Cette démarche n’est assurément pas plus noble que la précédente, bien au contraire.

A cette occasion, la France n’a pas hésité à s’allier dans son combat ‘’moral’’ avec une Russie opportuniste, au mépris des centaines de milliers de morts et torturés tchétchènes. Et quand on pense que les USA demandent à la France de faire une croix sur sa créance irakienne ! Une chose est sûre, si un jour le peuple irakien retrouve une voie plus favorable à son émancipation et son développement socio-économique, ce que nous lui souhaitons vivement, ce ne sera pas grâce à la France.

Il n’y a pas si longtemps, la France a joué aux apprentis sorciers en menant une politique irresponsable dans un pays d’Afrique qui fut le théâtre d’un des plus graves génocides du XXème siècle. Et malgré sa part de responsabilité, même indirecte, la France fut incapable d’assumer sa présence lors des dernières commémorations de ce génocide rwandais. Le représentant français, interpellé par les dirigeants rwandais sur la responsabilité de la France dans cette tragédie, quitta piteusement les commémorations, incapable d’avoir ne serait-ce qu’une parole apaisante pour ce peuple meurtri, contrairement à son homologue belge.

Oser faire une tache sur la pureté française !

Quel toupet, ces africains ! Notre Ministre de la Défense profita de ce lamentable épisode pour faire entendre une des pires langues de bois jamais produite en politique. Quelque chose comme : « Cela aurait été pire sans la présence française…. ». « Il faut penser à nos braves soldats qui ont si bien travaillé là-bas… ». Pensez ! Presqu’un million de morts, plus de 800.000 Tutsis (plus de 86 % de la population tutsie) et 10.000 à 30.000 Hutus modérés sauvagement assassinés, le tout en un temps record (80% des morts en 6 semaines…) ! L’honneur de la France compte beaucoup plus que les victimes de ce génocide.

A l’heure où l’une des plus grandes tragédies humaines de ces dernières années se déroule au Darfour (plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques mois, 1 million de déplacés, massacres, viols, pillages, risque de famine,…), où sont les grandes envolées lyriques humanistes de la France ? Où sont ses valets ‘’pacifistes’’, ceux qui se sont tant mobilisé contre la politique de Bush en Irak ? Pourquoi la France ne se manifeste-t-elle pas davantage pour les populations du Sud-Soudan, elle qui a laissé entendre qu’elle était le fer de lance d’un ordre mondial respectueux des Droits de l’Homme et du bien des peuples ?

Le soutien indéfectible de la France à Yasser Arafat l’autocrate

Le soutien indéfectible de la France à Yasser Arafat l’autocrate, dont le seul mérite est d’avoir consacré toute sa vie à sa cause, avec pugnacité, cause perdue d’avance, l’élimination d’Israël, aux prix de nombreux morts et du sacrifice de son peuple qu’il a tenté de transformer en ‘’shahid’’, hé bien ce soutien de la France n’a vraiment rien à voir avec le bien des peuples, pas même le peuple arabe palestinien. Quant au peuple israélien…

Ces sourires et poignée de mains entre le Ministre français et le vieux chef de Ramallah constituent une véritable provocation aux victimes israéliennes mais aussi aux palestiniens victimes de la politique suicidaire et corrompue d’Arafat.

La récente provocation verbale d’Ariel Sharon appelant les Français juifs à immigrer en Israël, déclaration qui met effectivement de l’huile sur le feu et qui ne facilite pas la situation de nos concitoyens israélites, est à l’évidence une réponse à cette pitoyable visite française à Yasser Arafat qui remet une ‘’couche’’ à la recrudescence de l’antisémitisme dans l’hexagone.

Le haut degré de susceptibilité dont fait preuve l’Elysée après la déclaration de Sharon, prouve une fois de plus le haut degré de cécité qui entache la politique étrangère française et sa diplomatie.

Ce soutien empathique français à Yasser Arafat s’inscrit dans une longue démarche purement stratégique qui consiste à miser sur le monde arabo-musulman pour défendre aujourd’hui et demain les intérêts politico-économiques de la France dans le monde. Quitte à ce que cette démarche hypocrite contribue à maintenir des peuples entiers sous la férule de dictateurs corrompus et dans le sous-développement. L’exemple libano-syrien est, en l’occurrence, un cas d’école.

Mais l’attitude française n’est pas forcément très différente de celle des autres Etats, qu’ils soient occidentaux ou pas, qu’ils soient ex-empires coloniaux ou pas. Après tout, on pourrait comprendre les raisons de la ‘’real-politik’’. Ne nous faut-il pas du gaz, du pétrole, des débouchés pour nos industries, etc… ? Qui ne se soucie pas de son emploi, de pouvoir se chauffer, de pouvoir faire le plein de sa voiture ?

En cela nous sommes tous, hélas, d’une façon ou d’une autre, volontairement ou pas, ‘’solidaires’’ des manœuvres géopolitiques de nos gouvernants et du cynisme qui les accompagnent.

Seulement, la France se distingue par de superbes discours éthiques, pétris de compassion et de sentiments moraux outrés, d’humanisme et de leçon de morale. C’est ce cynisme du verbe, plus encore que celui de la ‘’real-politik’’, qui est choquant et insupportable.

Si seulement la France pouvait retrouver un peu de dignité, mettre en veilleuse son exhibitionnisme moralisateur.

Si seulement la France pouvait abandonner ses rêves nostalgiques de grande puissance coloniale. Cela la rehausserait.

Quant à montrer davantage d’éthique et de souci des peuples… Est-il encore permis d’y croire ? Poser la question, c’est déjà faire preuve de naïveté.

Jean-Daniel Chevalier © Primo Europe http://www.primo-europe.org/docs.php?numdoc=Do-172274544


par © - Primo EUROPE - le 25-07-2004 commentaire - Rubrique : Economie - LU 235 fois AddThis Social Bookmark Button



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