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Un 5 étoiles, ce n’est pas qu’une pile d’étages...

L’imposant bâtiment se voit de loin, de très loin même. On n’est pas la plus haute construction de Madagascar pour rien, quand bien même ce choix d’un vert-type-émeraude-de-Chan risque de difficilement faire l’unanimité.

Mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas, surtout pas ceux de ce démiurge des temps nouveaux aux poches pleines qu’est la Chine. Il nous faudra donc nous habituer à faire avec, comme avec le rose bonbon des fauteuils de la grande salle de conférence d’à côté, qui n’invoque en rien les tons emblématiques du pays d’accueil.

Et pourtant on en a ! Ceci dit, le savoir-faire des chinois laisse sans voix. Ici au moins, le « miasa mafy, miasa tsara, miasa haingana » ne sonne pas creux.

Commencés en Décembre 2007, autant dire hier, les travaux ont été réalisés par 350 techniciens chinois du bâtiment et quelque 450 ouvriers malgaches à raison de 15 heures de travail par jour, de 5 heures du matin à 21h 30 du soir. Y a-t-il eu place pour les « Droits de l’Homme » sur les chantiers ? Nul ne le saura, car les lèvres ont hermétiquement su se fermer.

Mais qu’on se le dise une fois pour toutes, la Chine n’est pas plus tendre avec ses propres ressortissants qu’avec ceux des autres en la matière. C’est à ce prix que Beijing est aujourd’hui fin prêt pour accueillir les J.O les plus chers de l’histoire de l’olympisme. Les associations y ont dénoncé les conditions de travail des ouvriers, proche de l’esclavage, mais en vain.

Une fois le travail fini et bien fini, tous ces pouilleux ont été renvoyés illico aux fin fonds de leurs provinces pour que la fête puisse être belle. Les travailleurs malgaches de Maloci ont encore tout à découvrir (izay tsy mahatanty miala !) tout comme leurs homologues swazis.

Tout récemment le Président du syndicat des ouvriers de ce pays a dénoncé des « salaires proches de zéro », et un comportement des patrons chinois comme s’ils avaient « acheté » (sic) leur main d’oeuvre. Mais qui disait donc qu’il ne peut y avoir de développement sans démocratie et droits fondamentaux de la personne humaine ? Encore des élucubrations de l’opposition malgache ! Pour en revenir à l’hôtel d’Ivato, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il sera livré à temps pour ce fameux Sommet de la discorde.

Seulement a-t-on déjà pensé au personnel qui le fera tourner ? Si on pense le faire « bientôt », il est déjà trop tard, car l’expérience ne s’improvise pas. Un 5 étoiles, ce n’est pas que des ascenseurs, des moquettes, des lits moelleux, c’est avant tout un service impeccable, de la femme de chambre au Général Manager.

Même si on le cède en franchise à une chaîne internationale – s’il en existe qui accepterait de compromettre l’image mondiale de sa qualité de service dans des délais aussi courts – la dite chaîne ne fournirait que le personnel d’encadrement. Le reste étant à trouver sur place, Madagascar en dispose-t-il en quantité et en qualité ? Sans véritable école hôtelière et sans vouloir faire offense à l’Inth d’Ampefiloha qui « fait ce qu’il peut mais peut peu », la réponse est NON.

Le Carlton qui est moins grand tourne avec 300 employés permanents ponctuellement renforcés par des contractuels. La plupart présente l’avantage de déjà posséder la somme d’expérience des années Hilton.

C’est dire qu’Ivato aura besoin, au bas mot, d’environ un demi-millier de professionnels possédant sur le bout des doigts « leur » métier et « leur » hôtel. Où les trouver ? Le Président de la Chambre de Commerce de Hambourg récemment de passage à Madagascar a été sans équivoque dans ses propos : à deux ou trois exceptions près, la qualité de service dans les hôtels de Madagascar est encore loin derrière les normes internationaux.

D’ailleurs quel hôtel déshabiller pour habiller celui d’Ivato ? Quelle promotion accélérée de jeunes pourrait accéder du jour au lendemain au niveau 5 étoiles ? La solution serait bien sûr d’importer pour l’occasion des employés zélés aux yeux bridés. Pas impossible.

Mais qu’on se le dise, toute l’Afrique en rira de toutes ses dents pendant vingt ans, jusque derrière les dunes de Tombouctou.

La Lettre du Mercredi 118


par LDM 118 - le 19-08-2008 commentaire - Rubrique : Economie - LU 303 fois AddThis Social Bookmark Button



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