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Jeunesse rurale : une solution de premier cycle

Pourquoi un club ?

La polémique continue d’enfler sur l’adoption par l’Assemblée Nationale du nouveau programme de sept ans en Premier Cycle :

  • échelonnements irrationnels,
  • générations une nouvelle fois sacrifiées,
  • questions d’infrastructures, de subventions, etc.

Les premiers concernés n’ont pas encore l’âge requis pour tenir des manifestations spontanées ni assez de raison pour requérir des amendements, et du reste, tout le monde sait fort bien que toute cette agitation restera lettre morte, la contestation par ailleurs se bornant chez nous la plupart du temps aux gesticulations, aux invectives ou au vandalisme vengeur, et de toutes manières, les manifestations pacifiques sont pour ainsi dire prohibées.

La mesure est censée amener l’écolier à mieux appréhender l’avenir scolaire, professionnel, agricole… on demande à voir ; il est toujours intéressant de puiser dans le panier à idées des expériences d’ailleurs qui se seraient révélées concluantes ou adéquates, en faisant toutefois grand cas de l’héritage culturel qui ne se confine pas au milieu immédiat, mais dimensionné à l’environnement géographique planétaire, de même que le milieu conditionne l’évolution des techniques, et l’esprit pionnier est toujours contraint de tenir compte des configurations antérieures.

Pour la population rurale, ceci représente en tout et pour tout une prorogation des charges scolaires, car la gratuité de l’enseignement est un mot vainement camouflé derrière les blouses et les kits scolaires, entre droits d’entrée et autres premiers frais, salaires mensuels des maîtres FRAM, droits d’examens et de réexamens blancs, frais d’impression des sujets et autres broutilles qui finissent par faire un peu beaucoup, et dont les délais de règlement ne tiennent pas forcément compte du rythme de disponibilité financière des parents ruraux, si rythme il y a effectivement, pour aboutir à une situation sociale plus que discutable quant à son évolution sur le court terme pour le jeune scolarisé.

Un Ministère n’est pas de trop pour se décarcasser à trouver de quoi réellement occuper toute cette jeunesse à ne plus savoir qu’en faire, et, signe de ce désarroi qui continue à vouloir s’organiser, l’on se rappelle que la Deuxième République avait regroupé tout ce casse tête en un seul Ministère de la Population, de la Condition Sociale, de la Jeunesse et des Sports, et l’on ne peut réprimer un frisson désagréablement prémonitoire à regarder ces meutes d’enfants à la sortie des écoles dont la plupart iront grossir les rangs des chômeurs et délinquants, au mieux des « tsy ambony tsy ambany toy ny lohalik’alika » dans la classe moyenne. Une Révolution, qu’elle soit blanche, rouge ou verte, suggère une mutation qui peut s’avérer inopérante si les moyens mis en oeuvre matériellementne s’accompagnent pas d’un « façonnage » de celui qui doit en disposer et en assurer le bon emploi, car le fait de marteler « le changement de mentalité » n’a jamais suffi à donner une tournure décisive à un projet de développement quel qu’il soit tant que l’autorité n’y met pas du sien.

A ce titre, le monde rural, bien qu’il fasse actuellement l’objet de toutes les attentions, n’en reste pas moins déconcerté et peu en phase avec les objectifs de développement recherchés, et manque singulièrement de conviction quant à « l’utilité publique » de ces mesures qui ne semblent pas toujours faire l’objet d’un accompagnement idoine. Dans plus d’une centaine de pays, des clubs de jeunesse rurale se sont mis en place pour établir plus de cohérence dans ce genre de situations et préparer la jeunesse à une meilleure contribution sociale et économique.

Il existe dans le monde plus d’un million de ces clubs créés dans le cadre des programmes reconnus d’utilité publique, du fait qu’ils contribuent particulièrement à propager des idées et des pratiques modernes en milieu traditionnel et à former de futurs cadres, les activités préconisées étant éducatives et stimulant l’épanouissement intégral des jeunes et les préparant à jouer un rôle utile dans la société.

Durant de nombreuses années, ces clubs ont été le fait d’instituts du secteur privé, de missions ou de particuliers travaillant en ordre dispersé, mais leur expansion récente résulte de l’action gouvernementale principalement dans le secteur agricole, et les objectifs, principes et procédures sont tout aussi valables pour des programmes non gouvernementaux que pour ceux bénéficiant du patronage des pouvoirs publics, tout programme destiné aux jeunes ruraux devant tenir compte des leurs aspirations et de leurs intérêts, de leur contribution au bien être de la famille rurale, de la communauté et du pays tout entier, ainsi que de la formation de citoyens consciencieux, responsables, actifs et capables.

Les membres des clubs contribuent au progrès et à l’amélioration des conditions rurales, et l’activité qu’ils déploient dans la mise en oeuvre des projets fournit au voisinage une démonstration de méthodes améliorées, des semences sélectionnées, des engrais, des pesticides, des procédés de conservation, autant d’applications par les jeunes membres qui peuvent être adoptés au niveau de leur communauté et accélérer le processus de développement rural.

Les activités de la jeunesse rurale constituent dans de nombreux pays un moyen efficace de combler le fossé entre la théorie et la pratique en matière d’agriculture et d’économie ménagère ; les membres jouent pratiquement le rôle d’agents de l’administration, appuyés par des animateurs et par les dirigeants des comités de patronage, diffusant ainsi les renseignements dont les agriculteursont besoin pour produire les aliments nécessaires et améliorer la santé communautaire.

Le club est constitué par un groupe de jeunes de 9 à 20 ans organisé sous la conduite de moniteurs qualifiés et d’animateurs locaux bénévoles, qui élisent un bureau, organisent et exécutent des programmes, se réunissent régulièrement et se livrent à des activités dans le domaine de l’agriculture, des sciences ménagères, de l’amélioration de la vie communautaire et autres préoccupations connexes. Ces membres réunis en club reçoivent une formation et un enseignement techniques de la part de l’animateur qui peut atteindre une audience plus considérable dans le cadre d’un club dont les réunions, programmes et activités offrent une possibilité certaine de former et d’entraîner des animateurs et des hommes d’action.

Les conditions d’adhésion varient forcément d’un pays à l’autre, mais comportent généralement l’engagement de s’acquitter des tâches requises pour la réalisation de projets agricoles ou ménagers, de prendre part à toutes les activités et à tous les programmes du club au bénéfice de la communauté, d’aider les autres membres du club chaque fois que cela est possible ou que le besoin s’en fait sentir, de faire la démonstration d’une nouvelle méthode apprise au cours de l’année, d’exposer les objets produits ou fabriqués et d’apprendre à en évaluer la qualité. Comment s’organiser La conception générale du mouvement de jeunesse rurale est évidemment basée sur le principe éducatif.

Dans chaque projet, des méthodes et des pratiques sont enseignées par des spécialistes en agriculture et en sciences ménagères. Le fait d’assumer la responsabilité d’un projet agricole ou ménager aide les jeunes à développer leur personnalité, à devenir actifs et dignes de confiance et d’être chargés de tâches bien définies, et ils se trouvent préparés à agir au sein de la communauté en participant aux réunions du club, en figurant dans le bureau des comités qui sont formés, en intervenant dans l’exécution des programmes et en prenant part aux concours.

Les activités sont bénévoles, il n’y a pas de cotisation à verser, ni de conditions obligatoires pour l’inscription ou la participation aux activités ; l’entreprise est menée conjointement par l’Administration et le public, et le club, créé au niveau du village et de la communauté, est organisé et dirigé par des animateurs locaux et des notables ou parents. Un moniteur salarié enseigne les disciplines, surveille les travaux et coordonne l’organisation et les programmes des clubs ayant des objectifs similaires ; le club local est ainsi un centre où adhérents et animateurs peuvent réaliser des projets, acquérir une formation technique et agir dans le cadre d’un programme à l’échelon national.

Dans la plupart des pays où s’exercent des activités de la jeunesse rurale, elles bénéficient du patronage des pouvoirs publics, plus rarement de l’initiative privée. En matière d’organisation de programme, la responsabilité en est assignée à un ministère ou un service bien défini aux termes d’un texte législatif ou règlementaire qui stipule les conditions de l’aide financière, administrative et technique fournie par l’Etat pour assurer le succès des programmes, leur promotion, organisation et direction.

Dans la logique, c’est le Ministère de l’Agriculture qui assume la responsabilité juridique du programme de la jeunesse rurale, dont les activités s’exercent dans un cadre agricole et rural. Du fait qu’elles visent principalement à former les jeunes aux tâches quotidiennes de la famille rurale, aux méthodes agricoles et ménagères, à la vie communautaire, et partant à contribuer à l’amélioration des conditions rurales, les organismes agricoles de l’Etat se trouvent amenés à apporter une contribution importante à cette gamme d’activités.

Le programme est éminemment rentable lorsque les activités forment partie intégrante d’un programme de vulgarisation agricole qui fait participer l’ensemble de la famille à l’effort d’amélioration du mode d’existence dans les campagnes, et les activités de la jeunesse rurale offrent une meilleure chance de diffuser les méthodes et les techniques améliorées parmi les familles d’agriculteurs qui en ont besoin pour accroître le volume et la qualité de leur production, augmenter leurs revenus et élever le niveau de vie.

En matière de structure administrative et d’encadrement, la réussite de tout mouvement digne d’intérêt dépend dans une large mesure de la compétence, de l’enthousiasme et du dévouement de son dirigeant, qui devrait être d’origine rurale et animé du désir de servir la population des campagnes, notamment la jeunesse, et être bien au fait des problèmes de la population rurale ainsi que les besoins et aspirations des jeunes, du fait qu’il doit tracer les grandes lignes des objectifs, des moyens d’action du programme et de l’organisation de ces clubs, élaborer les plans pour stimuler cette jeunesse rurale, créer des comités locaux de la jeunesse afin de patronner les activités de clubs dans les villages, indépendamment ou en liaison avec d’autres organismes, aider aux choix des projets, coordonner le programme de la jeunesse rurale avec les activités des adultes, et coopérer avec les agents chargés de ces activités.

La Lettre du Mercredi 118


par LDM 118 - le 15-08-2008 commentaire - Rubrique : Société - LU 53 fois AddThis Social Bookmark Button



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