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Mémoires de Herizo RAZAFIMAHALEO

Après sa défaite en Décembre 2001, au moment où il a voulu mettre un peu de distance entre la pensée et l’action, Herizo Razafimahaleo a caressé l’idée d’écrire ses mémoires. Empli de doute, faisant preuve d’humilité, à l’opposé de l’image que ses adversaires répandent sur lui, Herizo s’est confié à un cercle restreint pour étudier la réalisation de cet ouvrage.

Peu lui importait que l’auteur soit anonyme, ou qu’un collectif parraine l’ouvrage et il était même disposé à le rédiger à quatre mains en promettant d’en faire toute la transparence. A l’objection relative à l’utilité des mémoires alors que sa vie politique n’était pas définitivement enterrée, les circonstances pouvant le conduire à rebondir comme réserve de la République, d’un revers de main Herizo a balayé cette objection en éclaircissant le fond de ses intentions : peu lui importait de se mettre au devant de la scène pour revenir sur des actions ou pour narrer des anecdotes dont il a été témoin.

De son point de vue, l’essentiel consistait à apporter sa contribution à la réflexion et au débat par une pensée claire, une pensée construite évidemment dans le terreau de ses convictions et de ses expériences. Ceux qui le disent sectaire ou manichéen n’ont peut-être vu que la détermination qu’il manifeste avec force pour défendre ses convictions.

La réalité est tout autre. Lors de ce projet d’écriture, il a fait appel à une personne dont l’idéologie s’oppose au libéralisme qu’il défend avec passion nuancée par des considérations néo sociales.

Son seul souci étant d’avoir à faire non à un collaborateur mais avec à un partenaire défendant le même idéal : Madagascar en mieux ! (mieux-être, mieux-vivre, harmonieux…). Le projet a été remis à plus tard.

Même retiré Herizo ne disposait pas de tout son temps. Un travail sérieux exige de s’y consacrer pleinement des mois entiers, or Herizo ne pouvait pas détacher son regard de la marche de la vie publique dans le pays.

L’actualité le faisait trépigner et la sérénité qu’exige l’écriture restait une vertu hors de sa portée. Son partenaire l’a convaincu de remettre l’ouvrage à plus tard lorsqu’il aura décidé de cesser tout engagement militant.

Il est revenu plusieurs fois à la charge, preuve qu’il n’a pas abandonné l’idée mais son partenaire l’en a toujours dissuadé tant que les perturbations que traverse le pays ne le lui laissent pas l’opportunité de prendre du recul. Les mémoires d’Herizo Razafimahaleo ne seront pas, c’est sans regret, l’homme est allé jusqu’au bout de ses convictions en les vivant avec passion quand la mort l’a fauché.

C’est sans regret pour les mémoires puisque de sa passion Herizo laisse un héritage qu’il s’agit de décoder.

République et démocratie

L’homme ne méprisait pas le plaisir des guéguerres entre chapelles idéologiques, « l’idéologie aimait-il à dire n’a d’utilité qu’à être un moyen pour chercher à développer le pays

L’essentiel consiste d’après lui à manifester un amour pour le pays et dans son choix il a opté de matérialiser le pays en l’incarnant dans l’Etat. C’est ainsi qu’Herizo Razafimahaleo dans le fond de sa pensée et de son action a toujours manifesté un sens aigu de l’Etat jusqu’à en être ombrageux pour le moindre accroc qu’il relève.

Il n’a jamais caché ni sa peine ni ses appréhensions sur ce qu’il appelle les dérives actuelles, favorisant souvent l’ironie quand le débat n’est pas, il résume ses craintes en disant que quand l’Etat c’est lui c’est que l’Etat est mort. Pour défendre l’Etat, il n’a jamais économisé ses efforts pour convaincre ses partisans et le public : la République et la démocratie sont les voies qui garantissent le mieux l’Etat.

Dans son esprit les libertés publiques, les droits de l’homme, l’Etat de droit ne sont que des corollaires à un Etat Républicain où règne la démocratie. Herizo Razafimahaleo autour de ses idées a gagné la sympathie de plusieurs intellectuels, gens de terrain, acteurs de la société civile qui ne partagent pas ou qui même combattent l’idéologie qu’il défend.

Pour lui l’amour de la patrie au-delà des querelles idéologiques doit prendre le pas sur tout autre considération surtout lorsque le pays n’avance pas et qu’il est donc en danger. Nombre de sympathisants et même de partisans d’Herizo Razafimahaleo n’ont pas adhéré au parti qu’il a fondé.

Le Leader Fanilo travaille évidemment pour la défense de ces valeurs : Etat, République, démocratie, mais il a aussi une autre mission, la bataille politique et conduire les affaires publiques avec l’idéologie du libéralisme s’il parvient au pouvoir. C’est ce qu’Herizo aurait fait s’il avait été élu.

Si tel est le prix pour sauver l’Etat, la République, la démocratie et leurs corollaires, le jeu vaut bien la relégation du combat idéologique dans un deuxième temps lorsque les fondements de l’Etat auraient été établis de façon solide à l’épreuve des évènements sismiques que sont les alternances au pouvoir.

Herizo le combattant

Autant il adore combattre pour un challenge, autant Herizo a horreur du pugilat.

Il était sans doute un homme de l’ordre et c’est sûrement une des raisons qui n’a pas fait de lui un révolutionnaire même s’il a manifesté une perpétuelle quête à la recherche de progrès à réaliser à grand pas. Dans son combat politique, il a posé deux principes :

  • respecter les règles du jeu établies même lorsqu’elles lui paraissent favoriser la triche et l’injustice.
  • Il a toujours aussi privilégié l’utopie de se battre pour des idées et non de combattre des hommes.

Ces deux principes qu’il a toujours essayé de respecter ont constitué parfois voire souvent un handicap dans la conquête d’une plus grande popularité.

Il en était conscient mais pensait avec une certaine suffisance qu’il était capable de surmonter ce handicap par d’autres atouts dont il disposait et surtout par cette naïveté politique de résignation qui oblige à accepter les déconvenues et à se remettre à l’ouvrage jusqu’à ce que la vérité parvienne à passer la rampe. Cet homme là ne manquait pas de charisme, les idées claires et les mots justes en faisaient un tribun séduisant et un débatteur dangereux.

Pourquoi n’est-il pas parvenu à envoûter le public lorsqu’il a été en concurrence avec d’autres candidats moins privilégiés par la nature et moins armés par le cursus ?

Nombreux avis expliquent ces échecs par la distance qu’Herizo mettait entre son discours et le niveau de compréhension de la population. Cette explication injurie à la fois la population et Herizo.

Les gens comprennent et Herizo parle clair, la sauce ne prend pas et n’a pas pris uniquement parce qu’Herizo dit ce qu’il croit au lieu de parler de ce que les gens veulent entendre et croire. Il s’est toujours refusé à mystifier son auditoire même s’il éprouvait une grande coquetterie lorsque les gens manifestaient vouloir adhérer au discours de ses convictions.

Herizo ne s’est pas laissé tenter par la démagogie et a méprisé les rentes du populisme, autant qu’il n’a considéré la carrière politique comme une fonction de rente. De ce point de vue on peut considérer le personnage comme atypique dans le paysage politique du pays et cela ne prête pas à discussion.

C’est sûrement un homme ambitieux mais il faut faire une nuance ou même mettre un bémol au terme ambition lorsqu’on parle d’Herizo. Sous trois régimes il a démissionné ou décliné des postes de prestige pour des questions d’éthique personnel.

Sous la présidence de Zafy à l’époque où Francisque Ravony était premier ministre, Herizo Razafimahaleo ministre a démissionné du gouvernement parce qu’il ne voulait pas être complice même lointain des tentatives de financement parallèle. Ratsiraka Président il démissionna de son poste de vice-premier ministre du gouvernement Pascal Rakotomavo parce que l’alliance politique avec l’Arema n’a pas réalisé les ouvertures promises dans les débats.

A l’avènement de Marc Ravalomanana à la présidence de la République, Herizo Razafimahaleo a décliné l’offre qui lui a été faite pour occuper le poste de premier ministre, il s’est fait un honneur de taire cette information pendant six ans et de ne s’en expliquer que lorsque un membre de l’entourage présidentiel l’a rendue public. Il n’en a même pas négocié les conditions mais avec respect il a demandé au Président d’aplanir d’abord la situation post-électorale pour pouvoir envisager par la suite une ouverture différente d’un ralliement.

Peu d’acteurs de la vie politique peuvent se targuerd’un tel tableau de refus. Mais dans ses initiatives qu’il s’agisse de démission, de refus ou d’alliance, Herizo Rafimahaleo n’a pas toujours été compris par l’opinion.

L’incompris

L’histoire politique malgache est tellement parsemé de ralliements qui ressemblent à des retournements de veste que l’on fait un amalgame de tout ce qui bouge jusqu’à confondre ralliement et alliance. En 1997, Herizo et le Leader ont conclu une alliance avec Ratsiraka et l’Arema.

Il ne s’agissait sûrement pas d’une alliance contre-nature mais simplement d’un choix libre pour la moins mauvaise des solutions. Ratsiraka a été chassé six ans plutôt par le peuple qui voyait en Zafy l’homme idoine pour conduire sur une voie nouvelle vers d’autres horizons.

Politiquement l’équation n’a pas eu lieu et ce sont les mêmes qui ont porté Zafy au pouvoir qui l’ont démis et qui sont revenus pour le soutenir à nouveau, Razafimahaleo et le Leader ont fait leur choix. L’alliance n’a peut-être pas réussi puisqu’elle a volé en éclat et la démission de Herizo Razafimahaleo en était un message fort.

Réaliste et utopique

Le jour de sa disparition, l’opinion a manifesté un grand désarroi. C’est à l’annonce de sa mort que de nombreux citoyens qui avouent ne pas avoir adhéré à ses idées et encore moins voté pour lui ou pour son parti, déclarent avec regret découvrir par illumination tout ce que cet homme avait ou aurait pu porter pour le progrès du pays.

Pour que demeure la pensée d’Herizo et pour fructifier les efforts qu’il a développés il faut sans doute enterrer avec lui son cursus universitaire et politique et toute sa brillance, ce sont des éphémères autant que la vie. Sa pensée restera si son combat pour l’éthique se poursuit.

Pendant le dernier quinquennat de Ratsiraka il a eu l’initiative d’organiser des assises auxquelles ont participé tous les acteurs politiques dans le but d’assainir justement la vie politique. Elles n’ont pas réussi mais l’idée ne peut que ressurgir lorsque les politiques penseront vraiment à Madagascar.

Il en est de même pour ce code électoral ne serait-ce que par l’adoption du vote à bulletin unique, disposition qui effraie les tricheurs… Pour terminer, maintenant que le pays étale ses richesses en carrossant les meilleurs serviteurs dans de belles limousines et de grosses 4x4, anecdotique peut être Herizo dans ses fonctions ministérielles n’a jamais utilisé les véhicules ou les logements fournis par l’Etat, ni brûlé carburant et énergie aux comptes de l’Etat. Cette faveur qu’il s’est ainsi octroyée lui a autorisé de pointer du doigt les dépenses exorbitantes occasionnées par « Force One »

La Lettre du Mercredi 117


par LDM 117 - le 11-08-2008 commentaire - Rubrique : Politique - LU 115 fois AddThis Social Bookmark Button



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