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Même rubriqueDébattre de l’allongement du cycle primaire de 5 à 7 ans peut paraître comme une tentative d’un combat d’arrière-garde voire comme une intervention d’un médecin après la mort. Les jeux sont faits, le train de la réforme est en marche, les écoles primaires publiques de quelques régions pilotes ne serviront certes pas de banc d’essai mais inaugureront la réalisation de cet aménagement qui révolutionnera le système primaire et l’organisation du secondaire.
Ces écoles et ces régions essuieront les plâtres d’une structure qui ne semble pas avoir résolu tous les problèmes que pose la mise en place. Selon le programme établi par la ministre, cette mise en place sera entreprise progressivement par région et la rentrée en 2012 constitue le délai pour l’uniformisation dans l’organisation nouvelle sur toute l’étendue de l’île.
Il est encore temps de discuter du bien-fondé de cette réforme. Quelque soit le taux flatteur de la réussite au C.E.P.E nul ne peut discuter de la valeur réelle de ce premier diplôme. L’encouragement que l’on fait aux élèves de 8ème dans les écoles privées de tenter cet examen prouve la considération que l’on en fait quant à son niveau.
Pire, de plus en plus un nombre élevé d’élèves qui osent cette aventure au terme d’une 8ème par le même examen considéré comme concours d’entrée en 6ème parviennent à s’assurer une place dans les classes des collèges et dament ainsi le pion à d’autres concurrents venus des écoles publiques. Pour expliquer le phénomène on hésite entre deux causes :
Cette réforme qui assimile les classes de 6ème et 5ème au cycle primaire favoriserait un plus grand nombre des élèves de l’école publique à poursuivre leurs études au delà de la 7ème puisque l’accès en 6ème se présenterait comme une suite naturelle sans faire l’objet d’un concours. On ne peut pourtant pas fermer les yeux sur un taux élevé d’enfants qui abandonnent avant la 7ème ou qui poursuivent le cycle cahin-cahan encore plus grâce au privilège du zéro redoublement.
On ne peut non plus ignorer le niveau médiocre de l’instruction acquise par la majorité des élèves de l’école publique et ce n’est pas l’allongement du cycle primaire qui peut y apporter remède. Le système mérite réflexion et débat, l’enseignement en langue maternelle constitue un élément de réponse mais ne saurait à lui seul résoudre le problème de la médiocrité.
Les deux points fondamentaux de la réforme,
ne causent sûrement pas de grande perturbation dans le privé puisque pour ces écoles d’une part l’enseignement en malgache ne constitue pas une obligation et l’allongement du cycle primaire ne nécessite pour l’instant qu’une réorganisation par un réaménagement d’ordre matériel pour s’y adapter. La réforme concerne donc essentiellement l’école primaire publique, l’étalement du primaire en sept classes nécessite une redistribution des moyens tant en ressources humaines qu’en bâtiments scolaires.
Une mini-révolution lourde en charges provoquant de sérieux bouleversements qui justifient une mise en application par étape derégions en régions. Malgré l’objectif idéal, tirer le plus d’élèves vers le haut, l’allongement du cycle, comme le principe du redoublement zéro du reste, ne représente pas la solution idoine.
Lorsque le constat sur la médiocrité du niveau est patent, comment peut-on espérer une amélioration en élevant le challenge ? Pour prétendre pouvoir faire le plus il faut évidemment dans son bilan avoir réussi le moins. Tout au plus on peut s’attendre à enregistrer un léger mieux grâce à l’enseignement en langue maternelle.
Il est évident que cette réforme apportera de l’oxygène dans l’éveil et la compréhension des élèves en bas âge. L’approche qui a dicté cette réforme diffère grandement de la malgachisation décrétée voici quelques décennies.
Même si elle n’a pas été dite comme telle, on suppose que cette approche est dépouillée de toute intention démagogique et se situe uniquement sur le plan pédagogique dans une vision pragmatique. Il ne s’agit même pas d’enseigner la langue malgache, l’essentiel réside à éveiller les enfants par des formes d’expressions qui leur sont familières et à leur faire assimiler des connaissances autant qu’à exercer leurs neurones dans une langue dont ils possèdent le savoir.
Dans leur immense majorité les enfants des campagnes, des banlieues et des quartiers n’ont eu aucun contact avec des langues autres que la langue malgache. Si vierge et si fertile que soit l’intelligence chez un enfant, la dispense d’un enseignement grâce aux repères d’une langue vécue de façon naturelle comme faisant partie de son être, ne peut que favoriser et son éveil et sa curiosité et l’assimilation des connaissances sur lesquelles on attire son attention.
L’enseignement véhiculé en langue maternelle pour les enfants en bas âge ne prête pas à discussion. L’idéal étant de communiquer avec eux dans un langage qui est le leur, il est évident que la langue peut souffrir des écarts de langage que l’on doit peut-être redresser par la suite.
L’essentiel de l’enseignement réside à transmettre les connaissances nouvelles ou difficiles par des expressions faciles à leur portée. Dans la situation actuelle, l’enfant doit décoder une transmission qui lui est étrangère avant de comprendre et d’en assimiler le contenu.
Le langage clair indispensable peut parfois épouser des formes triviales en évitant les limites de la grossièreté. Cette réforme ne garantit donc pas une protection ou un maintien de la langue malgache dans sa forme pure et académique.
A ce sujet il est à noter pourtant qu’une réflexion devient de plus en plus indispensable, puisque la langue académique et la langue parlée s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre. Les puristes manifestent une tendance à rendre la langue de plus en plus scientifique et à l’enrichir de vocables pour désigner les choses de la modernité par des néologismes tirés des racines vétustes alors que dans la quotidienneté, même lors des interventions officielles au plus haut niveau, les gens recourent pour faire mode à des expressions étrangères même quand un mot ou une expression malgache existe d’utilisation courante compréhensible par tous.
Ici on touche une contradiction principale qui pourrait être fatale pour la langue malgache et qu’il appartient à la société de dépasser avec urgence. Mais telle n’est pas la question du jour.
La Lettre du Mercredi 115
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