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Opération de séparation de siamois et interventions à coeur ouvert : Le corps médical témoigne d’une hardiesse dynamique

La rareté du phénomène à Madagascar comme dans presque tous les pays du monde, fait que la naissance de deux enfants siamois crée une sensation dans l’opinion. Le public éprouve encore plus un sentiment de solidarité, même passive, lorsque l’on annonce que l’on se prépare à séparer les corps des deux siamois et que des médecins du pays déclarent qu’ils sont prêts psychologiquement et techniquement à réaliser l’opération.

Même étranger à la science médicale et au progrès technique en ce domaine, on imagine les difficultés techniques d’une entreprise qui consiste à séparer deux corps humains soudés l’un à l’autre à la naissance. Il est évidemment des cas plus difficiles que d’autres voire impossibles lorsque des organes vitaux, coeur ou cerveau, relient les deux êtres.

Même si toute opération chirurgicale constitue en soi une tentative, celle que l’on prépare ne représente pas un premier essai pour les médecins qui s’y préparent, la première du genre dans le pays a déjà été réalisée il y a plus de trente ans et les deux jumelles qui ont fait l’objet de cette intervention mènent aujourd’hui une vie normale de mère de famille. Le professeur Zafy a déjà dirigé une intervention réalisée par une équipe de praticiens malgaches.

Ce type d’opération reste toutefois périlleux et garde un taux élevé de risque en rapport à une opération d’appendicite par exemple. Mais l’équipe médicale dans le cas présent évalue les chances de réussite et les risques d’échec à des taux qui permettent d’un point de vue déontologique d’entreprendre cette opération.

De plus en plus les médecins du pays s’enhardissent de réaliser des interventions dans le domaine de la médecine de pointe. Depuis des décennies les praticiens ont manifesté une prétention de posséder les qualifications nécessaires pour faire progresser la pratique locale et que seul l’intendance ne suivait pas pour assurer l’environnement indispensable à ce progrès.

Actuellement les circonstances ont évolué, et le cadre des soins et le matériel médical autorisent la réalisation d’interventions impossible à entreprendre sur place jusque-là, alors que banales à l’extérieur. Par les interventions qu’on y effectue, par le cadre matériel et par l’environnement technique, la clinique d’Ilafy constitue un symbole et représente une locomotive de l’évolution de la pratique médicale dans le pays.

Pour la première fois à Madagascar on a effectué cette semaine des opérations à coeur ouvert avec l’assistance d’un matériel de circulation extracorporel. Trois interventions ont eu pour objet des problèmes de valves aortiques ou mitrales, une autre a concerné une malformation congénitale du coeur.

Le professeur Hubert Razafindramboa qui a participé dans l’équipe médicale pour cette intervention, reconnaît que l’expertise des praticiens étrangers reste encore indispensable pour rôder l’automatisme des gestes des chirurgiens du pays qui possèdent les qualifications nécessaires. A un rythme d’une mission étrangère tous les 45 jours, dans deux ans on peut envisager l’autonomie des équipes médicales locales estime Mamy Ravatomanga, patron de la polyclinique.

Le prix facturé de ces interventions s’élève actuellement à 30 millions d’ariary et se justifie en fonction du coût des consommables et des produits pharmaceutiques indispensables et aussi en raison des investissements nécessités par les installations. Du reste rien que l’intervention est facturée à presque le double à l’étranger, il faut y ajouter les frais de déplacement et de séjour qu’occasionnent les évacuations sanitaires.

Dès que l’on traite de ce sujet relatif à des soins et interventions à l’étranger, on ne peut taire la question de la prise en charge par les caisses publiques. On a accordé et on accorde toujours ces avantages très particuliers au frais des contribuables à plus d’individus que le public ne soupçonne.

Il semble toutefois que le système ne se distingue pas par une grande moralité quand ceux qui aménagent, qui gèrent, qui votent le système de santé, d’enseignement, par simples privilèges financés par l’argent de tous échappent au traitement qu’ils ont préparé pour tous.

La lettre du Mercredi 114


par LDM - 114 - le 14-07-2008 commentaire - Rubrique : Société - LU 89 fois AddThis Social Bookmark Button



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