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Même rubriqueSans que l’on sache précisément si cela était pure coïncidence ou en relation, peu de temps après l’annonce faite par les autorités de la Police Nationale du renforcement des mesures pour lutter contre les accidents de la circulation, une personnalité politique féminine déclarait sans ambages : «Actuellement, c’est bien simple, il vaut beaucoup mieux se fier à l’honnêteté d’un malfrat repenti qu’à la plupart des forces de l’ordre qui rackettent sans vergogne les transporteurs et tout ceux qui leur tombent sous la main, et c’est valable surtout le territoire !» … «Qu’en termes élégants tout cela est bien dit», et ce genre de vitupérations loin d’être inédit.
Entre gens du même sexe, la Ministre de la Défense aura certainement quelque indulgence pour ce franc-parler qui pourrait d’ailleurs tout aussi bien être interprété comme un message direct à son endroit, mais la tenue de ce genre de propos est généralement passible de peine carcérale pour le simple quidam ; dans notre pays, nous avons le droit à la liberté de pensée et d’expression, et de plus en plus la prudence de n’user ni de l’un ni de l’autre.
En l’occurrence, les fulminations de la digne personne ne font pas de détail sur l’uniforme dont le prestige se craquelle décidément de partout. Beaucoup de stations radiophoniques, pour combler leurs sponsorings publicitaires par des partenariats avec les opérateurs téléphoniques, programment des émissions permettant aux auditeurs de s’exprimer sur l’actualité sociale, sanitaire, civique, etc (de celles que le Président Marc Ravalomanana exècre, comme «Karajia»), et régulièrement, ceux-ci n’ont de cesse de manifester leur indignation et de se plaindre des agissements et des abus d’autorité des «personnes en habit» en général, voire même de leurs proches, les forces de l’ordre en prennent pour leur grade, et le prestige de l’uniforme s’en trouve sérieusement entaché.
Au plan de la vie citoyenne, la Police Nationale a toujours eu le mauvais rôle, sans aucun doute du fait de ses interventions musclées lors des «rotaka», rafles et autres opérations – l’on se rappelle le sort que les émeutiers de 1972 ont réservé aux agents des FRS – mais plus certainement aussi de par sa popularité à être un repaire de ripoux et de compromissions en tous genres. Du reste, pour la majorité de la population, la Police a toujours eu un prix, quoi qu’on puisse en dire question CSLCC ou Bianco, et aucune affaire avec elle ne peut se conclure qu’à coups de bakchich.
Outre sa position en première ligne pour tout ce qui concerne le maintien de l’ordre urbain, cette réputation lui vaut d’être toujours la première à focaliser la vindicte populaire (lors des fréquentes émeutes des années 78, les ambulances de la Gendarmerie étaient seules à assurer l’enlèvement des blessés sans être inquiétées, les autres étant carrément empêchées d’intervenir). Par ailleurs, l’image de la Police Nationale a été bien ternie ces derniers temps par des révocations, des arrestations, de affaires de holdup, de corruption ; et l’image de ses locaux et de ses agents est résolument arrêtée dans l’esprit de ceux qui ont eu affaire avec eux.
Il y a quelques années, les responsables de la Sécurité Publique annonçaient un stage de recyclage «Accueil du Public» pour les policiers. Il est un fait que beaucoup de ceux-ci s’imaginent être investis de pouvoirs inaliénables qui leur donnent droit d’horions et engueulades sur les suspects ou présumés comme tels, la mine rébarbative et le regard inquisiteur et soupçonneux, parfois avant même de savoir de quoi il retourne.
L’un de ces responsables expliquait qu’il s’agissait d’améliorer l’image de la Police Nationale en opérant un changement de mentalité et de comportement à la base ; «si un individu demande l’aide de la Police, c’est parce qu’il en a besoin, ce n’est pas nous qui allons le rendre encoire plus désespéré». Ah! voir un agent de la paix prêter une épaule compatissante à un contrevenant éploré avec un sourire férocement aimable !...
Le prestige de l’uniforme, un mythe en déclin
Si le corps de la Gendarmerie Nationale passait autrefois pour être largement avantagé par rapport à celui de la Police du point de vue des émoluments, il n’en va plus de même aujourd’hui où Marc Ravalomanana a décidé le réaménagement de la grille indiciaire de celle-ci, justement pour réduire les tentations de corruption, mais il semble que cela n’ait pas suffi à tempérer les appétits coupables.
La Gendarmerie n’est d’ailleurs pas en reste, question éclaboussures ; les éléments de ce corps ont généralement bonne réputation auprès de la population rurale, leur champ d’action habituel, malgré les incontour-nables brebis galeuses qui portent toutefois des préjudices bien plus graves lorsqu’elles prennent langue avec les «malaso».
Le petit manège de la vérification de papiers derrière le véhicule à un barrage et «l’écolage» subrepticement remis en serrant la main du «Chef» n’est pas le seul apanage des agents chargés de la Police de la Route, mais les plus redoutés sont ceux de la Gendarmerie motorisée qui ont la réputation d’être inflexibles. Ce corps arbore sur son uniforme la fourragère, cordelière portée autour de l’épaule gauche qui témoigne de faits d’armes remarquables accomplis par ses troupes.
L’uniforme a toujours impressionné le civil autant qu’il a avantagé celui qui le porte, raison principale de l’engouement persistant pour la tenue militaire, et ni Rambo ni ses succédanés n’ont quoi que ce soit à s’arroger, l’uniforme en a toujours jeté un jus : l’envie secrète de pouvoir le revêtir pour être à l’abri d’on ne sait quelle dangerosité, l’idée d’uniformité déjà séduisante en soi pour l’instinct grégaire, combinée avec les faits d’armes plus ou moins véridiques obligeamment racontés par les conscrits auxquels ils ajoutent les leurs encore plus embellis fait beaucoup pour revêtir les forces en habit d’une aura simpliste et d’une virilité spartiate qui fascine beaucoup ceux qui n’ont pas encore l’âge requis et ceux qui regrettent intérieurement de «n’en avoir pas été» pour pouvoir mieux en rajouter.
En marge des ripoux se situent ces «fans» de l’uniforme qui vont jusqu’à concrétiser leurs fantasmes d’aventures et joindre l’utile à l’agréable en venant grossir les rangs des malaso ; il arrive que ces «rebuts de la société» aient été amenés à s’enrôler pour cause de chômage.
L’uniforme a par ailleurs donné à l’homme l’occasion de pousser ses fantasmes secrets et ses symbolismes. Les hommes comme les femmes adorent les bijoux, simplement ils trouvent les rubans et médailles plus à leur goût : du filet discret de Chevalier de l’Ordre National à la boutonnière du costard à la plaque de distinctions diverses issues d’échauffourées diverses lestées d’un groupe de médailles tout aussi diverses qui font ployer le fier vétéran sous le faix des témoins de ses hauts faits de citoyens. Les distinctions, citations, décorations ont été conçues et décernées pour flatter l’amour propre des hommes afin de les inciter à faire encore mieux au service d’une cause ou d’un idéal.
Il n’y a qu’à voir l’attitude avantageuse de la plupart des gens qui portent épitoge, cette pièce d’étoffe que les docteurs «honoris causa», les professeurs, les magistrats, les avocats et les académiciens de chez nous portent sur l’épaule. Ce cérémonial vestimentaire comme l’uniforme et les médailles sont issus tout droit de la civilisation Romaine où les récompenses habituelles étaient des couronnes (brodées désormais sur les képis), des colliers (devenus depuis Grand Cordon, Légion d’honneur, etc) ; un principe curieux voulait pourtant que plus l’éclat des costumes augmentait, plus l’autorité des consuls, par exemple, diminuait.
Le poulet et la vache convolent
Le regroupement de la Police Nationale, de la Gendarmerie, de la Garde Côtière dans un seul corps laisserait penser à une organisation rappelant celle des pays anglo-saxons où la Gendarmerie n’a pas d’équivalent, et se justifie probablement par une extension des compétences, la ZP étant dans bien des cas aussi compétente que la Police pour mener en ville des enquêtes et faire des constatations (lesquelles sont consignées dans un livret appelé «préambule» qui vaut témoignage officiel devant la Justice).
Si le Gendarme a la qualité d’Agent de Police Judiciaire, le Policier doit quant à lui avoir le grade d’officier depuis un an avant de pouvoir faire une demande expresse pour obtenir la qualité d’Officier de Police Judiciaire et doit demander au Procureur de la République via le juge d’instruction une commission rogatoire afin de pouvoir opérer dans une autre juridiction que la sienne et doit en référer en permanence, et il est évident que cette empiètement sur les compétences induit parfois des rivalités malsaines entre les deux corps, ajouté au fait que la Police Nationale régie par le statut civil est quelque peu méprisée par les autres corps régis par le statut militaire, dont la Zandarimariam-pirenena.
Un autre aspect tenu pour encore plus probable par les éléments des deux corps est qu’en fait, la mesure de regroupement a été prise pour qu’ils se surveillent mutuellement, mais l’un comme l’autre s’inquiète d’abord de savoir à qui profitera surtout la phagocytose…
La Lettre du Mercredi n°110
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