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Même rubriqueDans l’absolu la manifestation a été un succès. 20.000 personnes, des spécialistes de la course à pied jusqu’à des personnes moins entraînées accusant l’âge ou une charge pondérale excédentaire, qui parviennent à couvrir 9 km au pas de course ou même en traînant les pieds, constituent un tableau encourageant.
L’organisation a été cependant prise à défaut faute d’avoir anticipé sur une mentalité répandue : ne pas se résoudre à un acte gratuit. On ne peut pas dire pourtant que la volonté de courir pour le plaisir a fait défaut, cette saine envie s’est manifestée tout au long du parcours. Mais chez une grande majorité, même chez ceux qui ont une motivation sportive, l’élan est souvent parasité par des petits calculs de petits intérêts.
Comment en effet expliquer que pour un départ à 9h et un rassemblement à 7h, des files de personnes s’établissent dès 5h du matin, les plus courageux s’étant trouvés sur les lieux dès 4h du matin. C’est devenu à la fois un réflexe répandu et une habitude incrustée que de s’agglutiner à faire la queue pour avoir sa place au soleil ou pour ne pas rater un petit avantage.
En la circonstance, le profit concernait un tee-shirt que le sponsor Orange avait annoncé distribuer aux 15.000 inscrits qui se sont acquittés d’une participation de 200 ariary. En pays pauvre, le réflexe de survie nécessite d’anticiper sur une réaction d’un grand nombre dès qu’il s’agit de petits profits gratuits. Malheureusement lorsque le public devient foule même les plus sages éprouvent la tentation d’adopter le comportement d’un anonyme dans la foule.
Adeux reprises au départ à Anosy comme à l’arrivée au Stade d’Alarobia la distribution des tee-shirts s’est transformée en une sorte de mêlée sauvage et brutale. A Alarobia, les secouristes ont eu autant à soulager de leur crampe et de leur déshydratation les coureurs les moins entraînés et les plus imprudents qu’à soigner les victimes blessées ou écrasées dans cette cohue de distribution de tee-shirts.
La foule s’est caractérisée par son indiscipline qui a failli provoquer un drame à cause de quelques meneurs parvenus à déborder les services d’ordre. Les perturbateurs ont réussi leur coup parce qu’il y avait du flottement dans l’organisation. A la décharge des organisateurs, on peut retenir le fait que c’est la première fois que se déroule un tel évènement et que l’inexpérience plaide en leur faveur. Ils accusent les perturbateurs patentés non inscrits pour cette course qui n’attendent que l’occasion d’un petit profit.
Dans leur élan pour battre leur coulpe ils avouent leur naïveté à l’origine de l’échec partiel en dénonçant la mentalité généralisée de méconnaître l’acte désintéressé, les 200 ariary ne représentant qu’un geste symbolique en rapport au prix d’un tee-shirt.
L’auto-critique ne va pas cependant jusqu’à son terme puisque les services d’ordre eux-mêmes ont provoqué les premiers désordres par le seul fait qu’entre les entités parties prenantes à l’organisation de cette manifestation il ne semble pas y avoir eu entente pour désigner une direction unique dans la conduite des services d’ordre.
La Lettre du Mercredi 110
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