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Un pouvoir sans contre-pouvoir

Dans toutes les institutions et à toutes les instances le parti  présidentiel exerce un quasi monopole grâce à la majorité écrasante obtenue lors des élections aux différents échelons. Quoi qu’on en pense ou quoi qu’on en dise, le plus souvent les victoires sont moins le résultat d’un hold-up sur les  suffrages qu’une simple conséquence d’une élimination des  forces qui auraient pu contrecarrer de façon démocratique  l’avidité de concentrer le pouvoir, grâce à des procédés  machiavéliques exercés de façon abusive par le pouvoir. 

Dans cette domination des institutions, le Tim ne masque pas  son rôle de simple relais. Souvent le bataillon des fantassins  se cantonne à respecter la discipline pour chanter les mérites  et la gloire du régime. Le «Ramose» a suffisamment de ressources pour se défendre tout seul qu’il dispense ses partisans du rôle d’aboyeur en tant que chien de garde, schéma  que l’on a connu en d’autres temps.

Marc Ravalomanana  réagit en inversant les rôles comme si les morsures lui étaient  indifférentes en prenant de la hauteur, style «laissez-les  aboyer cela leur permet d’exister». Les flèches acérées qu’il  retourne à ses adversaires quand les propos de sa part sont  aussi vindicatifs, montrent parfois que les autres ont fait  mouche et dire que cela lui importe peu n’est qu’une clause  de style pour refuser de tenir compte des remarques.

La surdité délibérée qu’oppose le Président à tous les avis contraires à ces idées personnels, constitue sa force du moins  pour le présent immédiat mais peut représenter une faiblesse dans une projection sur le futur. Aucune critique n’a de  mérite aux yeux du Président puisqu’il demande en réponse  qu’il faut tourner le regard sur le développement que l’on  peut constater. Assez souvent autant en exemple qu’en argument, le Chef de l’Etat utilise comme preuve le concours  matériel et financier qu’apportent bailleurs et autres partenaires internationaux.

Les adversaires de Marc  Ravalomanana ont beau dire, jamais encore aucun de ses  prédécesseurs n’a obtenu autant de signes cautionnant le  régime de la part de la Communauté internationale. On peut  ne pas comprendre mais l’apparence de la réalité est là,  l’homme a du savoir-faire et possède l’art de manipuler les  apparences en sa faveur. Il s’en félicite du reste comme à son  retour du Japon en glissant telle une confidence qu’il a utilisé toute la science reconnue par son diplôme de Docteur  Honoris Causa pour convaincre ses pairs les grands de ce  monde. 

Parfois de l’extérieur on a l’impression que les conseillers  du Président ne lui disent pas tout, lorsqu’il se glisse des  contradictions et des inconséquences dans les dispositions  adoptées. C’est avec justesse sans doute que Marc  Ravalomanana a décidé de la détaxation pour la construction  d’hôtel de grand standing et de grande capacité d’accueil  lorsqu’a été obtenu l’accord d’organiser à Madagascar le  Sommet de l’Union Africaine.

La tenue d’un tel évènement  nécessite en effet la création de plusieurs milliers de  chambres qui ne saurait être sans incitation déterminante.  Malgré cette disposition on ne voit poindre aucune affluence  de projet et maintenant que l’on a suspendu cette mesure  incitative, on s’interroge sur les possibilités et la qualité d’accueil à réserver à des milliers d’hôtes de haut rang.

Ce sous  équipement en matière d’infrastructure hôtelière risque de  poser problème puisque le Président manifeste sa détermination de maintenir à Antananarivo le Sommet de l’Union  Africaine en Juillet 2009. Même si on ne voit pas comment  faire, plus on tarde à se décommander plus les possibilités de  se rétracter avec élégance se rétrécissent. La mesure de suspendre provisoirement la détaxation relative à la construction des hôtels n’a fait l’objet que d’une information véhiculée de bouche à oreille jusqu’à ce que le ministre en charge du  tourisme la confirme officiellement.

Parallèlement pourtant,  à l’Assemblée Nationale son collègue ministre des Affaires  étrangères confirmait la détermination du pouvoir à maintenir l’organisation du Sommet dont on déterminera le budget  ces jours prochains. Le ministre Marcel Ranjeva n’a pas manqué d’informer le Président concernant son intervention à  l’Assemblée Nationale sur le sujet suite au point de presse du  Président, sorte d’opportunité qu’il ne faut pas rater lorsqu’on est ministre. 

Les choses ne pourraient pourtant rester en l’état, la menace de la crise alimentaire mondiale semble ne servir que de  détonateur à un mal vivre qui s’accentue depuis des années  au sein de la population. La stratégie d’apporter une fin de  non recevoir aux propositions qu’avance l’opposition ne  peut apporter une solution aux problèmes soulevés par une  situation grave qui empire de jour en jour pour une grande  partie de la population.

La Lettre du Mercredi 110


par LDM 110 - le 12-06-2008 commentaire - Rubrique : Politique - LU 89 fois AddThis Social Bookmark Button



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