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Même rubriqueL’embauche de Main D’Oeuvre Etrangères
Face à l’urgence des travaux d’implantations sur le site d’extraction à Ambatovy et sur celui du traitement à Tanandava du montage des usines de traitement, de la pose des pipes lines et de leur mise en service, ainsi que la carence en mains d’oeuvres qualifiées dans ces domaines à Madagascar, SHERRITT et surtout ses sous traitant ont fait appel à de la main d’oeuvre étrangère : phillipins, thailandais, indiens, etc.
Si les polémiques actuelles sur l’opportunité de l’embauche d’autant d’étrangers ne semblent pas encore tomber, face à la situation actuelle de l’emploi à Madagascar, plus d’un redoutent déjà d’autres retombées négatives prévisibles suite à de telle embauche. Force est toutefois de reconnaître que l’embauche de MOD étrangère est incontournable dans l’état actuel des choses. L’enseignement technique et la formation professionnelle n’étant pas du tout développés dans notre pays, les travailleurs Malgaches aussi manquant cruellement d’expériences dans ces domaines contrairement à leurs homologues asiatiques, l’offre locale ne satisfera jamais la demande.
Cette carence aurait pu être évitée, du moins en partie, si depuis 2006, année où le principe de démarrage du projet est acquis définitivement, des malgaches avaient été envoyés en formation et que « des renforcements de capacité » dans ce domaine avaient été dispensés au travers de « 3P » à Madagascar. Le constat est malheureux dans la mesure où des milliers de chef de fokontany, des maires ont pu bénéficier de « toute sorte de renforcement de capacités » à Antananarivo occasionnant des débours énormes dont l’efficacité est encore à démontrer.
Alors que le retour sur investissement serait immédiat si ces dépenses étaient affectées à former ne serait ce qu’une partie des ouvriers malgaches. Les besoins étant identifiés. Ceci dit, à défaut d’emplois directs immédiats sur les chantiers d’Ambatovy, l’arrivée massive des ouvriers étrangers créeraient diverses opportunités pour les malgaches : ces nouveaux venus vont consommer, effectuer beaucoup de déplacements, communiquer avec leurs familles, se défouler, etc.
Des milliards d’Ariary seront injectés dans l’économie. La création d’emploi, qu’on s’en rassure, y en aura, qu’il s’agisse de métier digne de ce nom ou d’expédients. Malheureusement, ces derniers risquent d’ailleurs de connaître une ampleur difficilement maîtrisable.
Recrudescence de la prostitution
5.000 ouvriers au moins déferleront sur Toamasina. Avec l’arrivée d’autant d’ouvriers, loin de leur famille pour plusieurs mois, la recrudescence de la prostitution est inévitable avec les risques sanitaires que cela comportent. Le proxénétisme gagnerait du terrain, et même si la maffia n’entre pas en lice contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays notamment asiatiques, la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants et des mineurs risque d’être sérieusement ébranlée. Le brigade de moeurs aura beaucoup à faire sur ce domaine.
Belles opportunités pour des blanchiments d’argent et la circulation des faux billets
Normalement les milliers d’ouvriers détiendront des comptes bancaires en compte convertible. Rien toutefois ne leur interdit d’amener et de détenir des devises en liquide et de les convertir localement. Des milliers sinon des millions de dollars vont s’échanger de mains en mains et échapper aux contrôles des SAMFIN et des banquiers.
L’opération de change manuelle classique de Tsaralalana et d’Ivato serait légion à Toamasina et dans la région. Outre le risque de blanchiment, des faux dollars et des faux ariary seraient injectés sur le marché. Ces ouvriers ne sont pas tous des bandits. Au contraire, ils risquent d’être des victimes. Par contre, les ouvriers, quelle que soit leur nationalité, sont vulnérables aux petites combines.
Trafic de drogues
La drogue fait beaucoup de ravages dans les milieux défavorisés asiatiques. Les ouvriers n’en sont pas épargnés. Leur employeur procédera sûrement à des tris éliminant ainsi les drogués qui risquent de retarder leur boulot ici à Madagascar. Ce contrôle attrapera t il également ceux s’adonnant aux drogues douces dont les asiatiques en sont également friands ? Le commerce de kath et des chanvres indiens risque en effet d’exploser.
Attaques à mains armées
Les attaques à mains armées sur les routes nationales ces derniers temps devraient inquiéter les responsables de chaque société impliquée dans la réalisation du projet Ambatovy ainsi que les responsables nationaux en charge de la sécurité. Les ouvriers étrangers habitant chaque site normalement détiennent des bas de laines, l’employeur devant aussi garder quelques provisions en liquides pour leurs dépenses de fonctionnement, chaque site, y en aura au moins cinq de Toamasina à Ambatovy, constitue une cible privilégiée des bandits armés.
Les brigades antigang et nos armées auront du pain sur la planche pour sécuriser non seulement les endroits suscités mais aussi le transport des fonds.
Manques à gagner fiscaux
En effet, eu égard à la durée de leur contrat, ces nouveaux embauchés ne seront certainement pas embauchés sous contrats locaux que pour une partie infime. Le montant exact de leur émolument et de leur indemnité se négocie, est défini et sera versé dans le pays d’origine de ces employés, c'est-à-dire bien à l’abri de regard des autorités malgaches, un manque à gagner est donc à prévoir au niveau de la collecte des impôts sur le revenu.
Ces employés pourront très bien vivre avec le salaire déclaré ici ainsi que les avances des fonds octroyées par leurs employeurs. Ces derniers en tiendront compte d’ailleurs lors du versement de leur complément de salaire dans les pays d’origine respectifs. Les risques ainsi énumérés ne sont pas spécifiques aux travaux à réaliser à Madagascar et sont courant dans tous les grands chantiers nécessitant des interventions de main d’oeuvre étrangère.
Pourtant, ils ne peuvent pas devenir des fléaux nationaux dans les pays comme Arabie Saoudite, Emirats, Koweit, etc. qui ont fait appel à de la main d’ouvre étrangère aussi pour réaliser d’énormes chantiers de construction. Là-bas, les autochtones sont riches et se sont positionnés en « employeur ». Ils ne côtoient pas les étrangers employés. Ici, ce n’est pas le cas et c’est là toute la différence.
La Lettre du Mercredi 109
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